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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 12:20

Le 18 août 1950, le Conseil de l'Europe (qui avait été créé en 1949 pour défendre les droits de l'Homme et promouvoir la culture européenne) cherche un symbole pour le représenter. Une commission est mise sur pied avec comme rapporteur Robert Bichet : député du Mouvement républicain populaire (MRP) de Seine-et-Oise (1946-1958) et alors vice-président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (1949-1959). Il sera par la suite maire d'Ermont (1959-1971), conseiller général du Val-d'Oise, canton d'Ermont (1967-1976), et conseiller régional d'Île-de-France. Le Belge Paul-Henri Spaak, l’un des pères de l'Europe (avec les MRP français Robert Schuman et Jean Monnet, etc.), qui est socialiste, marmonne alors : « Question délicate » ! Elle le fut …
International_Paneuropean_Union_flag.pngLa commission en reste à des considérations générales : simplicité, lisibilité, harmonie, esthétique, équilibre, valeur symbolique. Elle reçoit de nombreux projets dont un « E » vert (pour signifier sans doute l’espérance !) sur fond blanc, ou encore le drapeau du Mouvement pan-européen avec en son centre une croix rouge sur fond bleu azur (avec déjà les 12 étoiles). Mais les socialistes et les Turcs (car la Turquie est membre de ce Conseil de l’Europe) y voient une croix chrétienne et s’y opposent. Un styliste japonais, quant à lui, veut représenter les 15 Etats par autant d’étoiles dorées sur un fond bleu ; il propose de disposer ces étoiles selon la géographie réelle des Etats ce qui donne une constellation qui ressemblait à la Grande Ourse !


C’est alors qu’intervient Paul Marie Gabriel Lévy (1910 - 2002) qui s’occupe de l’information au Parlement européen de Strasbourg. Il était, de formation, ingénieur commercial et licencié en sciences économiques (de l’Université libre de Bruxelles). Résistant belge, de sympathie socialiste, il milita au lendemain de la Guerre à L'Union démocratique belge (UDB) qui visait à rapprocher les socialistes et les sociaux-chrétiens (ses membres étaient principalement des sociaux-chrétiens). Après un échec aux élections de 1946, le parti est dissous, mais l'idée du rassemblement des progressistes restera cependant vivace en Wallonie. Il avait soutenu le projet consistant à avaliser le drapeau du Mouvement pan-européen, mais son rejet, fait qu’il est désormais intéressé par les étoiles du styliste japonais. Il s’adresse alors à un peintre qui travaillait au service du courrier du Parlement à Strasbourg, Arsène Heitz (1908-1989), lequel s’était manifesté en déposant de lui-même des projets. C’est ce dernier qui dessina les 12 étoiles dorées sur fond bleu que nous connaissons.


Y a-t-il eu une conspiration catholique ? pour faire avaliser la couleur mariale par excellence, le bleu (mais nous avons vu que cette couleur avait été proposée … par un Japonais !), et les 12 étoiles de l’Apocalypse en couronnement de la Vierge : « Un signe grandiose est apparu dans le ciel, une femme revêtue du soleil, la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles » (Ap 12, 1). P.M.G Lévy était d'origine juive, mais s'était converti au catholicisme au début de la guerre, en juillet 1940. Il enseignait à l’Université catholique libre de Bruxelles et à l'Université de Strasbourg. Quant à Arsène Heitz, lui aussi était catholique et il avait soumis un projet reprenant l’oriflamme de Charlemagne (qu’il pensait être de couleur vert, ce que ne confirment pas les historiens) par lettre du 5 janvier 1952 à Filippo Caracciolo, secrétaire général du Conseil de l’Europe (lien).
Monsieur, J'ai l'honneur de soumettre à votre bienveillante attention un projet de drapeau européen, dont certaines caractéristiques conviendraient particulièrement au drapeau de l'Union européenne et de l'Armée. Ce drapeau s'inspire de l'Étendard de Charlemagne par sa couleur verte (dont il est possible de varier la teinte) et des drapeaux des États scandinaves pour la disposition de ses emblèmes.
Il sera donc :
1) vert, en souvenir de l'Étendard donné à Charlemagne par le Pape Léon III, lors du sacre à Rome à la basilique Saint Pierre en l'An 800.
2) portera la croix rouge au liseré d'or, ces deux couleurs symbolisant le sacrifice et la fraternité des peuples unis dans un même idéal, la prospérité et la civilisation qui résultera de cette union.
3) Dans le cas de l'adoption de ce drapeau par l'Union Européenne et l'Armée, il sera facile d'insérer au cœur de la croix l'emblème national de chacun des États participants. En effet il est difficile d’effacer brusquement et de remplacer sans transition des pavillons nationaux qui ont suscité l'enthousiasme et le sacrifice de tant de héros pour leur patrie.
Le fait d’autre part de mettre la croix figurant sur les emblèmes Scandinaves, à l’étendard de Charlemagne, peut symboliser l'avènement d'une Europe plus complète que celle de l'Empire Carolingien. Les renseignements concernant l'Étendard de Charlemagne se trouvent à la bibliothèque Château des Rohans à Strasbourg.
europe_drapeau.jpegPour Arsène Heitz la référence à la vision de l’Apocalypse sera avouée sans fard plus tard ; pour PMG Lévy, c’est plus délicat du fait de sa position au sein de la Commission, mais il sut mettre en avant des considérations plus générales qui, elles, seront admises : le chiffre symbolique de 12 renvoie à une multitude à la fois diverse et unie (les douze tribus d’Israël, les Douze que Jésus choisit pour animer son mouvement, les douze Eglises de l’Apocalypse qui désignent toutes les communautés naissance du christianisme) – et cela dispense d’avoir à refaire le drapeau chaque fois qu’il y a cooptation d’un nouveau membre comme c’est le cas des étoiles du drapeau américain ! Ce sera donc 12 étoiles et non pas 15 comme c’était le nombre des Etats membres lors de la décision. Par ailleurs, ce même chiffre symbolique renvoie à un cycle de temps complet (donc parfait !) : les douze mois de l’année, les douze coups de minuit pour célébrer le passage à un Nouvel An, les douze signes du Zodiaque, etc. On voit bien par là que l’Apocalypse se situe dans une culture antique plus large, biblique entre autres, dont il reprend les symboles.
Un drapeau marial de toute évidence, ceci au nez et à la barbe des socialistes et des Turcs ! Pour un récit plus détaillé, lire.


Par la suite, les unes après les autres, toutes les instances européennes adopteront le même emblème. L’apothéose se fera à Paris lors d’une cérémonie qui – simple coïncidence dira-t-on – fut de nouveau un clin d’œil au culte marial : le texte portant adoption du drapeau fut signé le 8 décembre 1955, le jour de l'Immaculée conception dans le calendrier catholique. Amen !

Ceci dit, ce drapeau européen a le mérite de s'inscrire dans une histoire et une culture (bien au-delà du seul culte marial) et de ne pas être un simple graphisme abstrait.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans iconographie
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