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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 05:33

ghaleb_bencheikh.jpgGhaleb Bencheikh, né en 1960 en Arabie séoudite, est docteur en sciences et physicien franco-algérien. Il est frère de Soheib Bencheikh, ancien recteur de la Grande Mosquée de Paris, ancien mufti de Marseille et l'un des musulmans progressistes les plus connus en France et en Europe.

Ghaleb Bencheikh, également de formation philosophique et théologique, anime l'émission Islam dans le cadre des émissions religieuses diffusées sur France 2 le dimanche matin.

Il préside aussi la Conférence mondiale des religions pour la paix, ce qui l'amène à intervenir souvent en France et à l'étranger, pour propager les thèses progressistes et réformatrices de son frère Soheib.

Il appartient au comité de parrainage de la Coordination pour l'éducation à la non-violence et à la paix,  association créée en 2000 dans le cadre des Nations unies pour favoriser le passage d'une culture de la violence à une culture de la non-violence, notamment chez les enfants et adolescents du monde entier.


Notre nation a connu une terrible épreuve. L’ignominie et le terrorisme abject ont frappé au cœur de Paris. Un véritable carnage. Et nous ne pouvons pas nous contenter seulement de dénoncer ces actes qui nous révulsent et de condamner leurs auteurs, sans réserve, ni nous résoudre dans une résignation morose à subir la prochaine attaque... D’ailleurs, qui dit dénoncer entraîne aussitôt qu’il faut annoncer : clamer haut et fort qu’aucune raison, si légitime soit-elle, ne saurait justifier le massacre des innocents et aucune cause, si noble soit-elle, ne prépose la terreur aveugle. Nous scandons jusqu’au ressassement ce que nous avons toujours proclamé : on ne peut pas et on ne doit pas se prévaloir d’un idéal religieux pour semer la haine.

Il se trouve que des individus fanatisés affiliés à des groupes islamistes djihadistes ont décidé de déclencher une conflagration généralisée s’étalant sur un arc allant depuis le nord Nigéria jusqu’à l’Île de Jolo. Et, l’élément islamique y est franchement impliqué. Chaque jour que Dieu fait, des dizaines de vies sont fauchées par une guerre menée au nom d’une certaine idée de l’Islam avec toutes les logorrhées dégénérées qui usurpent son vocabulaire et confisquent son champ sémantique, devenus anxiogènes. Les exactions qui sont commises nous scandalisent et offensent nos consciences. L’incendie ne semble pas fixé, bien au contraire, ses flammes voudraient nous atteindre en Europe et nous brûler, chez nous, en France.

Cette guerre réclame de nous tous, qui que nous soyons, hommes et femmes de bonne volonté, mais surtout de nous autres musulmans de l’éteindre. Il est de notre responsabilité d’agir et de nous opposer à tout ce qui l’attise et l’entretient. Nous ne le faisons pas pour obéir à telle injonction ni parce que nous sommes sommés de nous « désolidariser ». Nous agissons de la sorte, avec dignité, mus que nous sommes par une très haute idée de l’humanité et de la fraternité.

Nous ne cèderons jamais à la psychose. C’est une déclaration de résistance et d’insoumission face à la barbarie. C’est aussi notre attachement viscéral à la vie, à la paix et à la liberté. Après l’affliction et la torpeur, il est temps de reconnaître, dans la froideur d’esprit et la lucidité, les fêlures graves d’un discours religieux intolérant et les manquements à l’éthique de l’altérité confessionnelle qui perdurent depuis des lustres dans des communautés musulmanes ignares, déstructurées et crispées, repliées sur elles-mêmes.

En effet, le drame réside dans le discours martial puisé dans la partie belligène du patrimoine religieux islamique – conforme à une vision du monde dépassée, propre à un temps éculé - qui n’a pas été déminéralisée ni dévitalisée. Des sermonnaires doctrinaires le profèrent pour « défendre » une religion qu’ils dénaturent et avilissent. Plus que sa caducité ou son obsolescence, il est temps de le déclarer antihumaniste.

Au-delà des simples réformettes, par-delà le toilettage, plus qu’un aggiornamento, plus qu’un rafistolage qui s’apparentent tous à une cautérisation d’une jambe en bois, c’est à une refondation de la pensée théologique islamique qu’il faut en appeler, je ne cesse pour ma part, de le requérir et je m’étais égosillé à l’exprimer. En finir avec la « raison religieuse »et la « pensée magique », se soustraire à l’argument d’autorité, déplacer les préoccupations de l’assise de la croyance vers les problématiques de l’objectivité de la connaissance, relèvent d’une nécessité impérieuse et d’un besoin vital. L’on n’aura plus à infantiliser des esprits ni à culpabiliser des consciences. Les chantiers sont titanesques et il faut les entreprendre d’urgence : le pluralisme, la laïcité, la désintrication de la politique d’avec la religion, l’égalité foncière entre les êtres, la liberté d’expression et de croyance, la garantie de pouvoir changer de croyance, la désacralisation de la violence, l’Etat de droit sont des réponses essentielles et des antidotes primordiaux exigés.

Ce n’est plus suffisant de clamer que ces crimes n’ont rien à voir avec l’islam. Le discours incantatoire ne règle rien et le discours imprécatoire ne fait jamais avancer les choses. Ce n’est plus possible de pérorer que l’islam c’est la paix, c’est l’hospitalité, c’est la générosité... Bien que nous le croyions fondamentalement et que nous connaissions la magnanimité et la miséricorde enseignées par sa version standard, c’est bien aussi une compréhension obscurantiste, passéiste, dévoyée et rétrograde d’une partie du patrimoine calcifié qui est la cause de tous nos maux. Et il faut tout de suite la dirimer. Nous ne voulons pas que la partie gangrène le tout. Les glaciations idéologiques nous ont amenés à cette tragédie généralisée. Nous devons les dégeler. La responsabilité nous commande de reconnaître l’abdication de la raison et la démission de l’esprit dans la scansion de l’antienne islamiste justifiée par une lecture biaisée d’une construction humaine sacralisée et garantie par « le divin ». Il est temps de sortir des enfermements doctrinaux et de s’affranchir des clôtures dogmatiques. L’historicité et l’inapplicabilité d’un certain nombre de textes du corpus religieux islamique sont d’évidence, une réalité objective. Nous l’affirmons. Et nous en tirons les conséquences. Je regrette que nous ne l’ayons pas fait dans notre pays, en France. Aucun colloque de grande envergure n’a pu se tenir, aucun symposium important n’a été organisé en vue de subsumer la violence « inhérente » à l’islam ; pas la moindre conférence sérieuse n’a été animée pour pourfendre les thèses islamistes radicales. Il est vrai que la pusillanimité et la frilosité de nos hiérarques nous ont causé beaucoup de torts. Leur incurie nous laisse attendre, tétanisés, la tragédie d’après. Face à la barbarie, il vaut mieux vivre peu, debout, digne et en phase avec ses convictions humanistes que de vivre longtemps en louvoyant, en étant complice, par l’inaction, de ce qu’on réprouve.

Encore de nos jours, dans de nombreux pays, à populations musulmanes, des régimes politiques sévissent sans légitimité démocratique. Ils gouvernent en domestiquant la religion et en idéologisant la tradition. Ils manipulent la révélation pour des fins autres que spirituelles. Quel crédit peut-on accorder à leur participation à la coalition qui bombarde le prétendu « Etat islamique » alors que les criminels fous furieux du califat de la terreur appliquent leurs doctrines et soutiennent leurs thèses ? La monstruosité idéologique de l’EIIL, dénommée Daesh, c’est le wahhâbisme en actes, rien d’autre. C’est le salafisme dans les faits, la cruauté en sus.

Nous sommes encore, dans des contrées, sous « climat » islamique, à l’ère de la criminalisation de l’apostasie, des châtiments corporels, de la minoration de la femme, de la captation des consciences et de la discrimination fondée sur la base religieuse. Et cela au vingt-et-unième siècle, après en avoir « mangé » une décade et demie ! Or, on ne jauge le degré d’avancement éthique d’une société qu’à l’aune du sort des minorités en leur sein. Même si, in fine, dans une société libre, laïque et démocratique, il n’y a de majorité et de « minorité » qu’au Parlement. Parce que le citoyen y est appréhendé inabstractode l’appartenance confessionnelle ou d’autres spécificités singulières…à quand la citoyenneté pour tous, chrétiens, yézidis, bahaïs, juifs, athées ?

Un corpus polémologique virulent a existé dans la tradition islamique classique. Il est le véritable et le seul référentiel des groupes djihadistes. Il doit être totalement proscrit. Nous avons la responsabilité et le devoir de combattre la réactivation de tous les processus qui l’installent et l’érigent en commandements célestes. Il incombe aux dignitaires religieux, aux imams, aux muphtis et aux théologiens de décréter plus que son inconvenance, mais le reconnaître comme attentatoire à la dignité humaine et contraire à l’enseignement d’amour, de bonté et de miséricorde que recèle grandement la Tradition. Renouer surtout avec l’humanisme d’expression arabe qui a prévalu en contextes islamiques à travers l’histoire et le conjuguer avec toutes les spiritualités et les conceptions philosophiques éclairées du progrès et de la civilisation. Il est consternant que cet humanisme soit oblitéré, effacé des mémoires et totalement occulté. Les noms d’al-Asma’i, de Tawhidi, de Miskayawayh sont méconnus à cause d’une présentation de l’histoire atrophiée et mutilante. C’étaient eux et leurs émules qui avaient assis les fondements d’une civilisation impériale à l’architecture palatiale défiant l’éternité. Il est plus affligeant encore que, dans la régression terrible que nous connaissons, ces grands noms soient ignorés de leurs propres et lointains descendants.

Savoir endiguer la déferlante extrémiste, ravaler le délabrement moral, guérir du malaise existentiel, en finir avec l’indigence intellectuelle et la déshérence culturelle. Aller vers l’universel. Ne pas s’arcbouter sur les particularismes irrédentistes. Telle est la vision programmatique pour sortir de l’ornière dans laquelle nous nous débattons. L’extrémisme est le culte sans la culture ; le fondamentalisme est la croyance sans la connaissance ; l’intégrisme est la religiosité sans la spiritualité.

L’éducation, l’instruction, l’acquisition du savoir, la science et la connaissance sont les maîtres mots combinés à la culture et l’ouverture sur le monde avec l’amour du beau et l’inclination pour les valeurs esthétiques afin de libérer les esprits de leurs prisons, élever les âmes, flatter les sens, polir les cœurs et les assainir de tous les germes du ressentiment et de la haine.

Gageons qu’après cette terrible tragédie, il y aura un véritable éveil des consciences afin de conjurer les ombres maléfiques de l’intolérance et du rejet pour construire ensemble, chez nous, en France, une nation solidaire et fraternelle avec un engagement commun au service de la justice et de la paix. Cette nation reconnaîtra tous ses enfants sans exclusive, sans ostracisme. Notre modèle de vie dans une société ouverte, libre et démocratique, respectueuse des options métaphysiques et garante des orientations spirituelles de ses membres, pourra être transmis ailleurs et devra inspirer davantage les sociétés majoritairement musulmanes. Pour peu, surtout, que les rapports internationaux ne soient plus empreints de realpolitikni d’indignations sélectives, ni de complaisance vis-à-vis des autocrates, ni de compromission avec des Etats « intégristes ». Faisons de cet événement tragique un avènement spécifique : un moment historique, inaugural d’une ère promise d’entente et de paix entre les peuples et les nations.

Nous remercions Laurent Baudoin, animateur du groupe Abû Nuwâs, d'avoir adressé ce texte à la Correspondance unitarienne.

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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 13:52

Fondée en 1867 par le révérend Faure de l’Eglise réformée néerlandaise. Ce dernier adopta des vues libérales alors qu’il était encore en formation pastorale si bien qu’il fut rejeté à son retour en Afrique du Sud et dût établir une congrégation indépendante. Après sa retraite, celle-ci fut desservie par des ministres qui venaient de Grande-Bretagne et des Etats-Unis.

A la fin du XXème siècle, la congrégation fut dirigée par le révérend Oliver Gordon, ancien maire du Cap et qui exerça la présidence de l’International Council of Unitarians and Universalists (ICUU) jusqu’en novembre 2007 ; depuis 2008, le révérend Malan Roux (ministre de l’Eglise réformée néerlandaise jusqu’en 2003) lui a succédé (voir sa biographie sur le site de l’Eglise).
L’Eglise unitarienne du Cap en Afrique du Sud, à l’origine une Eglise chrétienne d’inspiration libérale, a résolument choisi une orientation unitarienne-universaliste. Aux 12 principes de l’UUisme, cette Eglise précise ses sources d’inspiration qui sont « à mettre sur la table ». Elle le fait avec une image qui les concrétise grâce à une série de logos bien connus et qui constitue une bonne présentation de cette nouvelle approche du religieux, des religions et des spiritualités.

unitarian_church_cape_town_10427271_744759855544221_7420964.jpgNous en proposons ici une traduction en français.
- Partir de notre expérience directe afin de se mettre en relation les uns avec les autres et de mieux échanger.
- Ecouter des hommes et des femmes « prophétiques » qui nous communiquent leur vision du futur afin de mieux agir pour progresser
- Connaître les religions et les spiritualités du monde entier pour une plus grande sagesse.
- Hériter du judaïsme et du christianisme l’art d’aimer.
- Suivre les enseignements des humanistes afin d’œuvrer à l’unité entre les Hommes.
- Prendre soin de notre planète pour un bien être plus harmonieux.

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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 13:18

Dans l'esprit du Festival des fleurs initié en 1922 par le révérend tchèque Norbert Capek (lien), le révérend Malan Roux de l'Unitarian Church Cape Town a lancé plusieurs initiatives cultuelles qui sont autant d’invitation pour une méditation sur les composantes de base de notre planète bleue : le feu (voir l’album photo sur la page Facebook de l’Eglise), l’eau (lien), la lumière (lien) et la végétation - les fleurs et le printemps - (lien).

fete_du_feu-copie-1.jpgunitarian_church_cape_town_ceremonie_du_feu_-936432_5775015.jpg

Le site parle de 4 « communions annuelles » ; il s’agit de communion entre les participants présents et non pas d’un rite communiel qui nous mettrait en relation avec une entité surnaturelle. A ce propos, Norbert Capek a voulu expressément éviter ce terme, préférant le terme seulement festif de festival. Rappelons que, pour les chrétiens unitariens, la communion est une commémoration : le partage au pain et au vin au nom de Jésus (et non pas une communion à une entité surnaturelle que serait un Jésus ressuscité, encore moins à Dieu qui se serait incarné en celui-ci). C’est finalement le terme de « célébration » qui est utilisé par nos amis sud-africains.
Bien que le révérend innovateur ne l’explique pas suffisamment (l’UUisme pose souvent ses pratiques sans les accompagner d’une théologie ou d’une philosophie dans la pure habitude d’un pragmatisme anglo-saxon préférant voguer sur les ambiguïtés !), il ne s’agit donc pas d’un culte au Feu ! ni d’un néo-paganisme avec son cortège d’antiques divinités … Le commentaire des photos est un simple souhait : que cela nourrisse nos rêves d’avenir meilleur et nos aspirations en accompagnant le passage de l’hiver (où les jours sont plus courts) au printemps (qui marque le réveil de la Nature). Le texte d’origine est plus court ! « We celebrated one of four yearly Communion Services this past Sunday. Letting go of the past and setting our intentions for the next three months till spring-time. May the nourishing dark nurture your dreams and aspirations as we slowly move through winter towards spring ».

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Bien entendu cette cérémonie du feu nous fait penser aux célébrations dérivées du zoroastrisme ancien ! à un retour aux origines lorsque les cultes se pratiquaient face à la Nature ... et n'étaient pas cantonnée dans des lieux de culte.
Quel avenir pour ces initiatives ? Les photos pour la communion du feu ont été publiées sur Facebook le 10 juin 2013 et l’album est daté de 2014 (mais sans nouvelles photos). Une « Water celebration » est programmé ce 18 janvier 2015. Nous ne pouvons qu’encourager ces cérémonies hautes en couleur et qui offrent une réflexion élargie sous forme de fêtes … en quelque sorte une liturgie sécularisée.

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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 12:58

unitarian_church_cape_town_festival-_des_lumieres_30338_496.jpgunitarian_church_cape_town_festival-_des_lumieres_382137_49.jpg

Gur Mouanga (Congolais) : "Les  trois dames sur la photo étaient des visiteurs de la communaute Krishna de la ville du Cap . Presque tous les dimanches, nous recevons la visite de membres d'autres religions... Hier, nous avons eu la cérémonie de L 'Eau." (message du 19 janvier 2015) 

 

Initiée en 2013 par la communauté unitarienne du Cap en Afrique du Sud, le festival des lumières est une bonne occasion de pratiquer l’interfaith au sein d'une ville et d'une région très cosmopolites. Il commémore en effet la fête Yule qui était une célébration païenne pour les peuples germaniques - tombant sur l’équinoxe d’hiver, elle fut associée aux fêtes de Noël dans les pays nordiques depuis la christianisation des peuples germains et scandinaves (lien). Pour les chrétiens, c’est bien entendu la période de l’avent qui prépare la Noël. Mais ce festival est aussi un clin d’œil aux Juifs pour leur fête d’Hannukah avec sa rangée de 8 bougies en commémoration avec la reprise du culte à l’intérieur du culte de Jérusalem (en 164 av. J.-C.) lorsque les Maccabées reprirent le dessus sur les Séleucides sous le règne d’Antiochus IV ( lien). C’est aussi la grande et très ancienne fête hindoue de Diwali (lien)*

* Egalement appelée Diwali ou Dipavali (hindi : दीपावली (Dīpāvalī) ou दिवाली (Divālī)), est une fête majeure dans le monde indien. « Divali » est la forme contractée de « Dipavali », tiré du sanskrit « rangée de lampes » (dipa avali). Indissociable de la grande fête de Dussehra, qui a lieu vingt jours avant, elle commémore le retour de Rama (roi réel ou mythique ayant régné au XXème siècle av. J.-C. ?) à Ayodhya (cité antique et une ville de l'Inde, située dans l'actuel État de l'Uttar Pradesh, dans le Nord de l’Inde). Ses habitants avaient alors éclairé les rues où passait le roi avec des lampes (dip).

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 19:11

Laurent Baudoin, message du 13 janvier 2015 aux membres du groupe Abû-Nuwâs (pour contact).

Bonjour à toutes et à tous,

L'ampleur et la dignité des manifestations qui ont réuni des millions de personnes en France [le dimanche 11 janvier 2015, après l'attentat contre le journal satirique Charlie-Hebdo qui a fait 12 morts] et dans le monde contre le terrorisme et l'obscurantisme ont de quoi susciter l'espoir. Une grande vague s'est levée pour dire non à tous les fascismes, qu'ils soient nationalistes ou religieux.

J'ai défilé à Nancy avec Michel Roussel, Nancéien comme moi. Le nombre, le calme et la sérennité de la foule étaient impressionnants. Pas de slogans, pas de haine. Beaucoup de jeunes ; de nombreux musulmans aussi, en famille souvent, qui en ont marre, comme les autres, des Extrême-droites et des fascismes en tous genres. Car ces criminels qui ont frappé sont l'Extrême-droite de l'islam. Ils font honte à cette religion et à cette civilisation, qu'ils ne connaissent même pas.

mosquees_et_rubans_arc_en_ciel.jpg On ne dira jamais assez les dégâts que peut faire, dans toutes les religions sans exception, une approche prétendument littéraliste des textes, surtout lorsqu'elle est faite par des illétrés ! A côté de textes sublimes, la Bible et le Coran regorgent de citations qui, prises à la lettre sans distance ni contextualisation, sont des appels au meurtre qui peuvent conduire à des massacres ou à des spoliations d'un peuple par un autre. Aujourd'hui, toutes les religions semblent hélas saisies par le vertige du fanatisme et de l'extrémisme, pour satisfaire des appétits nationalistes ou racistes, et détourner l'attention des foules des problèmes économiques, sociaux et environnementaux. Aucun texte religieux, aucune tradition religieuse, ne peuvent remplacer la conscience humaine, celle dont le Christ et le prophète Mahomet ont dit qu'en dernier recours, quand les textes sont inopérants, c'est toujours elle qui doit avoir le dernier mot.

Cette tragédie a ému le monde entier et a eu des répercussions inédites. De nombreux pays arabes ou musulmans se sont associés aux protestations, ainsi que des institutions politiques ou religieuses jusque là plutôt silencieuses, comme l'Université Al-Azhar du Caire (dont le prestige est grand dans l'islam sunnite), ou l'UOIF (Union des organisations islamiques de France) qu'on a trop tendance à dénigrer. J'ai juste regretté la présence opportuniste de chefs d'Etat dont l'amour de la paix, de la liberté et de la justice n'est pas la caractéristique essentielle : Bongo, Orban, Netanyahou, Davutoglu...

Des manifestations de soutien ont eu lieu en Palestine malgré l'occupation et le blocus : à Ramallah, des centaines de personnes ont défilé derrière la banderole "La Palestine est solidaire de la France contre le terrorisme" ; même chose à Gaza. En Algérie aussi on s'est mobilisé, en souvenir de la terrible "décennie noire" (années 1990).

Les espoirs de ces hommes et femmes de bonne volonté, qui ont fait un pas décisif vers l'entente et la solidarité internationales, demandent à ne pas être déçus.

> Pour cela, il faut que l'Occident s'applique sincèrement et fermement à résoudre enfin, dans la justice, des conflits qui alimentent les frustrations et les haines et servent de prétextes faciles aux terroristes pour frapper.

A commencer par le plus emblématique de tous : le conflit israélo-palestinien, qui est un point majeur de fixation et de ressentiment sur lequel s'appuient les extrémistes avec beaucoup d'opportunisme et de cynisme. L'invitation du président Mahmoud Abbas à la marche est un bon début, qui vaut quasi-reconnaissance de l'Etat de Palestine. Je vous invite aussi à surveiller de près les réactions – ou l'absence de réactions – de nos dirigeants aux résultats des prochaines élections israéliennes, qui risquent de voir le renforcement de l'extrême-droite, déjà très présente au sein du gouvernement de Tel-Aviv.

> En second lieu, l'Occident doit cesser de copiner avec les Etats qui soutiennent et financent le terrorisme international – principalement l'Arabie séoudite et le Qatar – même s'il faut pour cela laisser quelques plumes en matière de pétrole et de dollars...

> En troisième lieu, il faut qu'en Occident, et notamment en France, on n'abandonne plus à leur triste sort ces banlieues d'où le pire peut sortir lorsque l'espoir a disparu, mais aussi le meilleur si l'on sait – si l'on veut – s'y prendre correctement (comme plusieurs initiatives socio-éducatives le montrent).

> Quatrième point : déjà des voix s'élèvent en France pour exiger des mesures liberticides (peine de mort, censure, fichage communautariste...) à l'image de ce qu'on fait les Etats-Unis après le 11-septembre 2001, avec les résultats qu'on connaît ; c'est exactement ce que veulent les terroristes pour discréditer la démocratie ; c'est exactement ce qu'il ne faut pas faire (tout en renforçant bien sûr la sécurité publique).

> Dernier point mais pas le moindre : il faut aussi qu'en islam, malgré l'absence d'organisation centralisée (du moins chez les sunnites), théologiens, penseurs et fidèles retrouvent l'esprit critique de l'ijtihad (en arabe : effort de réflexion pour interpréter les textes fondateurs de l'islam et en déduire le droit ou informer les fidèles de la nature licite ou non d'une action) ; cette tradition critique des débuts de l'islam s'est perdue vers le XIIIe siècle sous l'effet combiné des Croisades, de la domination turque et de la conquête mongole sur le monde arabe.

Au groupe Abû-Nuwâs, nous continuerons à faire connaître ce qu'il y a de meilleur et de beau dans les civilisations arabo-musulmanes ancestrales et contemporaines, à dénoncer les injustices internationales (Palestine, Syrie, etc.) qui donnent du grain à moudre aux assassins, à dénoncer les radicalismes religieux dans toutes les religions (chrétiens, musulmans, juifs, hindous...).

Nous continuerons à regarder l'avenir à travers la figure libertine et libertaire d'Abû-Nuwâs, poète persan et irakien du IXe siècle, qui dut lui aussi, comme les dessinateurs de Charlie Hebdo, bénéficier d'une protection officielle pour affronter les idiots et les obscurantistes de son temps.

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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 15:40

Histoire au XX° et XXI° siècle


À partir de 1915 et en pleine Première guerre mondiale, les Yézidis protégèrent les chrétiens arméniens et assyriens qui, poursuivis par les Turcs, se réfugiaient dans le djebel Sindjar. Ils en accueillirent environ 30 000 jusqu’en 1918. En février 1918, ils refusèrent de livrer les persécutés et les défendirent contre les Turcs qui avaient envoyé des contingents dans le Sindjar. Ils menèrent de durs combats, mais inférieurs en effectifs et mal armés ils furent battus près de Balad. Ils se réfugièrent dans les montagnes avec les chrétiens. Délivrés par les Anglais du joug ottoman, ils acceptèrent de reconnaître comme chef Hemo Soro, choisi par leurs libérateurs.

En 1933, les Yézidis du Sindjar optèrent non pas pour la Syrie mais pour l’Irak indépendant. En 1934 se posa le problème du service militaire dont ils étaient dispensés depuis 1849 par décret ottoman. Ils demandèrent à Bagdad non pas l’exemption du service militaire mais la constitution d’une unité spéciale yézidie. Le gouvernement irakien, désireux d’unifier le pays, d’assimiler peuples et communautés en un seul peuple doté d'une seule religion, l’islam sunnite, refusa net. Il y eut une révolte contre le régime de Bagdad à Sindjar et tout le territoire habité par les Yézidis. Cette révolte, menée par Daoude Daoud, cheikh yézidi du Mihirkam, fut partiellement suivie par les autres tribus. Bagdad envoya pour des représailles le général Bakr Sidqi, avec une colonne. La répression fut sanglante dans tout le Sindjar, des villages incendiés, 2 000 prisonniers déportés vers le sud et deux notables chrétiens qui avaient soutenu Daoude Daoud furent pendus à Mossoul. Après plusieurs mois de combat, dans la nuit du 12 au 13 octobre, le chef Daoude Daoud fut défait. Blessé, il s’enfuit en Syrie où il fut interné. En 1936 le gouvernement irakien décréta une amnistie ; les révoltés yézidis purent revenir chez eux. Daoude Daoud rentra en Irak, fut conduit au village de Sanate, dans le nord du pays, et y vécut en reclus.
Sous le régime de Saddam Hussein, les Yézidis souffrirent d’une politique d’arabisation. Souvent unis aux peshmergas, combattants kurdes, ils luttèrent contre les troupes baassistes. Plusieurs villages yézidis furent alors détruits.
Depuis 2003 et la chute de Saddam Hussein, le gouvernement autonome du Kurdistan reconnaît cette communauté. Il valorise la participation des Yézidis à la résistance kurde contre l’oppression du régime de Bagdad. Il voit en eux une ethnie kurde. Le droit des Yézidis de pratiquer leur culte est reconnu par la nouvelle Constitution irakienne et par la Constitution du Kurdistan fédéral. Ils sont représentés au parlement et ont deux ministres.

Malgré leur volonté de rester à l'écart des violents conflits confessionnels et politiques qui ensanglantent une grande partie de l'Irak, les relations avec les communautés sunnites voisines se sont gravement détériorées. Le 14 août 2007, la communauté yézidie a été la cible de quatre attentats suicides faisant plus de 400 morts dans la province de Ninive. Ils faisaient suite à une série d'incidents commençant par la lapidation par les membres de sa communauté, dont des membres de sa famille, le 7 avril 2007, de Du’a Khalil Aswad, une adolescente yézidie qui se serait convertie à l'islam pour épouser un musulman. Cette attaque a été l'une des plus meurtrières qu'ait connu l'Irak depuis le renversement de Saddam Hussein en 2003. C'est également la série d’attentats la plus meurtrière au monde depuis ceux du 11 septembre 2001 aux États-Unis.
Les massacres de Sinjâr : Le 4 août 2014, pendant la guerre d'Irak, la ville de Sinjâr tombe aux mains des djihadistes de l'État islamique (ex-EIIL), à l'issue d'une brève bataille contre les Peshmergas. Des dizaines de milliers de Yézidis fuient alors la ville et les villages environnants pour se réfugier au Kurdistan irakien. Mais lors de l'exode, environ 600 civils sont massacrés et des centaines d'autres sont enlevés entre le 3 et le 15 août.

Géographie de leur peuplement

En Irak, ils sont 600 000, essentiellement dans la région du Kurdistan autonome, qui est leur berceau historique.
En Syrie, la communauté yézidie compte environ 150 000 personnes, essentiellement installés sur la frontière irakienne, au nord-est, en continuité donc avec leur région d’origine.
En Turquie, les Yézidis vivent dans le sud-est du pays, plus particulièrement dans la région d'Urfa-Viransehir. Mais leur nombre a diminué depuis les années 1970, où la communauté comptait 80 000 personnes : 23 000 en 1985, 423 seulement selon le recensement de 2000 et finalement 377 en 2007 (dont Urfa 243, Batman 72, Mardin 51, Diyarbakır 11 personnes).
Dans le Caucase (Arménie, Géorgie) et dans la région de Van, soit environ 180 000.
Ils ont immigré jusqu’en Europe, surtout en Allemagne (50 000 personnes) et en Suède (20 000 personnes). Egalement en Amérique du Nord, aux Etats-Unis et au Canada.
Voir aussi un résumé de l'exposé "Les Yézidis d'Arménie et de Géorgie" fait à l'École des hautes études en sciences sociales, en février 2003, dans le cadre du séminaire de Claire Mouradian : "Le Caucase entre les empires" par Lucine Brutti-Japharova, Docteur en lettres à l'INALCO, (lien)

sources documentaires

yezidis_joachim_menant.jpgL’une des premières références connues sur les Yézidis est le Livre de la Gloire, appelé Chronique des Kurdes, de Sheref ed-Din Khan, écrit en 1597. Cet émir de Bitlis (près du lac de Van, en Turquie) fait mention de sept grandes tribus kurdes, qui auraient été à un moment ou à un autre entièrement ou principalement yézidis.
Missionnaire dominicain, Maurizio Garzoni (v. 1730-1790) arriva à Mossoul en 1762 puis s’installa à Amedi. Il constata que le Kurde était la langue de communication régionale comprise par musulmans et chrétiens, alors que les Nestoriens parlaient le soureth, les Jacobites un dialecte syriaque et les Arméniens l’arménien. Sur la base du dialecte kurmandji parlé à Amedi, il édita, en 1787, la première grammaire kurde : la Grammatica et vucabulario della lingua Kurda. À la fin de sa grammaire est annexé un dictionnaire italo-kurde d’environ 4 600 mots. Il rédigea également une Notice sur les Yésidis.
Dans la deuxième moitié du XIX° siècle, le vice-consul français de Mossoul M. Siouffi démontrait, contre l’opinion des nestoriens locaux, que le Cheikh Adi était musulman, et non l’apôtre chrétien Addaï. À la même époque, le professeur A. H. Layard étudie sérieusement cette communauté, et ouvre la voie aux études ultérieures. Son nom est resté comme celui du premier savant s’étant penché sur l’étude des Yézidis. En Irak, des Yézidis ont publié un recueil de textes issus de la tradition orale des Yézidis, en particulier de leur caste religieuse nommée Qewels. En URSS est cité le livre de deux auteurs yézidis, O. et J. Jelil : publié en 1978 chez Kurdski folklor. Les principaux ouvrages actuels de référence sont ceux de Ph. G. Kreyenbroek (Yezidism : Its Background, Observances and Textual Tradition, The Edwin Mellen Press,‎ 1995) et de J. S. Guest, The Yezidis, Londres, KPI,‎ 1987). Ces derniers auteurs insistent sur le fait que les Yézidis ne constituent pas une communauté compacte, mais des communautés dispersées, chacune méritant une étude particulière.

En illustration : Joachim MenantLes Yézidis, adorateurs du diable, réédition en 2010 à Claude France Éditions (lien). Le titre reprend le contre sens (et le mépris) des musulmans obscurantistes sur cette religion.

Consultés sur Internet et en français


« Yézidisme », article de Wikipedia (lien).
« Qu’est-ce que le Yézidisme », identiques au début de l’article sur Wikipedia (lien).
« Les Yézidis, adorateurs du diable », 2001, article de Jean-Paul Roux, directeur de recherche honoraire au CNRS, ancien professeur titulaire de la section d'art islamique à l'École du Louvre, publié dans « Clio » en 2014 (lien).
« Les Yézidis d'Arménie et de Géorgie » par Lucine Brutti-Japharova, docteur en lettres à l'INALCO, communication à l'École des hautes études en sciences sociales, en février 2003, (lien) dans le cadre du séminaire de Claire Mouradian : "Le Caucase entre les empires".
Roger Lescot, Enquête sur les Yézidis de Syrie et du Djebel Sindjar, Beyrouth, Librairie du Liban,‎ 1975 (lien) ou encore (lien).

"Ma visite aux Yézidis du nord de l'Irak" (en septembre 2006), par Ephrem-Isa YOUSIF *, publié par l'auteur sur son blog "Sanat, village ; histoire et culture des chrétiens de Mésopotamie : Syriaques, Assyriens et Chaldéens". (lien). A servi de base pour l'article de Wikipedia.

* Originaire de Sanate, un village assyro-chaldéen du nord de l’Irak, il est l’auteur de plusieurs livres sur la Mésopotamie et sur la culture syriaque. Diplômé de l’université française où il obtint deux doctorats, en Philosophie et en Civilisations, il a enseigné la philosophie pendant des années à Toulouse. Aujourd’hui, il donne des cours et des conférences dans diverses régions. Il est directeur de deux collections, La libre parole et Peuples et cultures de l’Orient aux éditions l’Harmattan. Voir sa page sur Facebook (lien).

"A la rencontre du peuple Yézidi d’Irak", par le photographe Jonathan Pasqué en 2014 (lien).

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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 15:16

Les Yézidis possèdent deux livres sacrés : le Kitêba Cilwe, le Livre des Révélations, et le Mishefa Reş, le Livre noir. Le Kitêba Cilwe décrit "Tawsi Melek" (= Malek Taous) et sa relation spéciale avec les Yézidis, alors que le Mishefa Reş décrit la création de l'Univers, des sept grands Anges, des Yézidis et les lois que ceux-ci doivent suivre. Mais la transmission orale tient une grande place et peu de fidèles ont lu ou vu les deux livres saints ! C’est surtout l’affaire de la caste des Cheikhs …
En fait, il s’agit de livres postérieurs à l’islamisation de la région. « Au début du XIXe siècle, suite à la découverte des livres sacrés "Jêlva" et "Mesxefa resh" (Livre de révélations – Kniga otkrovenij et Les chroniques noires – Tchiornaja letopis), la communauté scientifique a découvert que le Yézidisme contenait des parties constitutives des "religions du livre". Ces livres suscitèrent un grand intérêt dans les cercles diplomatiques et militaires de l'époque. Qui a écrit ces livres, et quand ? D'après une des versions scientifiques, les livres sacrés auraient été écrits au XVIIe siècle (O. Viltchevskij) ; d'après les autres, ils datent du XIXe siècle (Shakir Fetakh) ; une autre hypothèse dit que le livre des révélations est écrit par le réformateur du Yézidisme Cheikh Adî ibn Mussafar Marvan aux XIe ou XIIe siècles (K. Kourdoev). » "Les Yézidis d'Arménie et de Géorgie" par Lucine Brutti-Japharova, op. cité (lien)

Le yézidisme semble avoir évolué par emprunt entre autres aux religions dominantes que furent le zoroastrisme, puis l’islam (notamment les enseignements de Cheikh Adi/Hadi, un savant soufi qui s'est installé dans la vallée de Lalesh au XII° siècle). Si bien que le kurdologue Merhad Izady propose de parler du « yazdanisme » pour la religion originelle afin de la différencier du yézidisme actuel. Dans cette optique, le yézidisme est une survivance de l'ancienne religion médique, qui au cours de son existence a absorbé des éléments exogènes, afin de s'adapter à un environnement hostile.

Avant l'apparition de l'islam, au VIIe siècle, les Kurdes étaient yézidis, zoroastriens, juifs ou chrétiens. Au fil du temps, beaucoup de Kurdes se convertirent à l'islam mais des chrétiens, des yézidis, des zoroastriens et des juifs demeurèrent au Kurdistan (la plupart des juifs partirent lors de la création de l'État d'Israël, entre 1947 et 1949). Les musulmans (chiites, sunnites, alévis, yârsânistes) sont de nos jours majoritaires au sein du peuple kurde (mais les Yézidis n'en demeurent pas moins l’une des composantes majeures du peuplement).

Le récit de la Création selon le Michefa Reş comporte de larges emprunts à celui de la tradition musulmane (lequel a véhiculé le récit de la Genèse). Ce récit commence par la création de 7 anges – ce qui lui prend les 7 jours de la semaine ! Le premier jour, un dimanche, Dieu a créé l'ange Azrail (et non pas Azazel * qui, pour certains meneurs musulmans obscurantistes, seraient un nom de Satan !), un nom qui, d’ailleurs, signifie « quelque chose de précieux ». Le lundi Dieu créa Dardail, le mardi Israil, le mercredi Machael, le jeudi Anzazil, le vendredi Chemnail, enfin le samedi Nourail. A noter que Dieu ne se repose pas le samedi comme IHVH le fit dans la Genèse ! Quant au dimanche, c'est bien le premier jour de la semaine dans la Bible (qui vient après le sabbat).
* Azazel (hébreu : עזאזל) est un terme énigmatique que l'on trouve dans le Tanakh (Lévitique 16, 21-22) ainsi que dans certains apocryphes (par exemple le Livre d’Enoch). C'est le nom d'un antique démon que les anciens Hébreux et Cananéens croyaient habiter le désert et qui, pour les Hébreux, joua le rôle de bouc-émissaire (lien).

Puis il façonna le monde comme une grosse perle blanche, pure et précieuse. Le monde resta ainsi pendant 40 000 ans, chiffre magique. Dieu brisa la perle dont les éclats formèrent la terre, le ciel, la mer. Il créa les animaux, les plantes. Puis il pétrit avec de l’argile le corps d’Adam, souffla sur lui, et lui donna une âme. Sur ce, les Yézidis proclament qu’ils descendent tous d’Adam.

yezidi_malek_taou.jpgL’archange Malek Taous donna le bon exemple : Dieu lui ayant donné le choix entre le Bien et le Mal, il choisit le bien ; les Yézidis pensent que le bien et le mal existent dans l’esprit et le cœur des hommes et qu'il dépend d’eux de faire le bon choix. Ils en seront d’ailleurs récompensés car la pureté spirituelle des « saints » leur permet de se réincarner périodiquement sous forme humaine ; les autres pouvant se réincarner sous formes d’animaux (croyance en la métempsycose bien ancrée dans l’hindouisme).

L'Ange Paon était présent dans le Jardin d'Éden, et lorsque Dieu créa Adam, il refusa de se prosterner devant celui-ci *, vouant un amour exclusif et obéissant à Dieu. Les Yézidis avancent en effet qu'avant la création d'Adam, Dieu avait informé les sept Grands Anges de ne jamais se prosterner devant une autre entité que Lui-Même. C’est d’ailleurs pour le récompenser que Dieu l'a proclamé chef des autres anges, l'a transformé en soleil et l'a élevé au ciel. On voit ici une réponse aux musulmans pour qui cette fierté du paon fut la cause de sa chute, à l'égal de celle de Satan, et établit une hostilité éternelle entre Dieu et l'ange Paon.
* D'après le Coran (II, 27 sq.), le Seigneur ordonna aux anges de se prosterner devant Adam : « Ils se prosternèrent à l'exception d'Iblis (= Satan) qui refusa et s'enorgueillit » (ce qui mena l’orgueilleux Iblis à sa perte !).

Somme toute, nous retrouvons tout cela dans la Bible (puis le Coran qui copie la Bible !), hormis la grosse perle blanche ! Ces livres sacrés font de Dieu l’acteur principal et ancrent le yézidisme dans un monothéisme classique (celui des religions dites du Livre), dédouanant ainsi les Yézidis de toute référence « païenne » !

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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 10:56

"Le yézidisme, entre paganisme et monothéisme", par Jean-Claude Barbier, communication au groupe « Religions » du Réseau d’échanges réciproques de savoirs (RERS) de Gradignan Malartic (Gironde, France), le 27 octobre 2014. Ce dossier a été signalé dans les Actualités unitariennes du 28 octobre dans sa rubrique "Halte aux génocides" (lien).

Notre présentation des Yézidis s’appuie principalement sur l’article les concernant dans l’encyclopédie « on line » Wikipédia (lien), mais aussi sur d’autres lectures citées (voir notre paragraphe sur les sources en fin d'article), mais nous avons restructuré cette documentation en essayant de partir du plus ancien (une antique religion iranienne) et en écartant d’abord toute trace d’influence de l’islam (très présent à partir du XIIème siècle avec le Cheikh soufi Adi/Hadi) et en sachant que leurs Ecritures saintes sont somme toute récentes.

leur ancienneté

Le yézidisme (la religion des Yézidis ou Yazidis - Êzidîtî ou Êzidî en kurde -) est une religion antérieure au zoroastrime (lequel s’est diffusé à partir de la Perse) et qui était celle des Mèdes. Il est considéré comme une survivance du mithraïsme iranien authentique (un culte solaire). En 2014, les Yézidis font remonter leur calendrier religieux à 6 764 années, soit 990 années de plus que le calendrier juif, 4 750 années de plus que celui des chrétiens et 5 329 années de plus que celui des musulmans.

Entre le IXe et le VIIIe siècle av. J.-C., des tribus iraniennes, les Mèdes, s'installent sur les terres du Kurdistan actuel y amenant leur religion. Selon le kurdologue Serbi Rechid, le zoroastrisme s'est répandu ensuite en Médie à partir du VIe siècle av. J.-C., mais n'est pas devenu dominant. Jusqu'au Ve siècle après J.-C., la majorité des Kurdes habitant Zagros, Cizir, Botan et Kirkouk pratiquaient le yézidisme.

Religion devenue résiduelle, confinée dans les montagnes du nord de l’Irak, de caractère ethnique (on naît Yézidi et il ne peut pas y avoir de conversion), de culture kurde (coutumes et fêtes), parlant le kurmandji (un dialecte kurde ; le kurde étant lui-même une langue de la famille iranienne) et s’habillant en conséquence - si les jeunes portent des vêtements à l’occidentale, les anciens ont gardé leur habit traditionnel, large pantalon kurde, longue chemise au col échancré, tunique et ceinture ; ils sont coiffés d’un haut bonnet de feutre marron entouré d’un turban ; les femmes vont de blanc vêtues, coiffées de turbans ou de fichus.

Ils étaient à Ninive ! précisément à la « Citadelle de Ninive », ou plus simplement al-Kalʿa, "Citadelle" en référence aux ruines qui s'y trouvent. Son nom actuel, turc et signifiant peut-être « Petit mouton », est celui d'un village qui y est attesté au début du XIXe siècle, peuplé par des paysans yézidis. Ils sont massacrés en 1836 au cours d'un des accès de violence religieuse qui agite alors la Haute Mésopotamie et leur village est détruit.

 

yezidis_temple_de_Lalesh.jpgLe principal lieu de culte des Yézidis est le temple de Lalesh, qui se trouve dans le Kurdistan irakien au nord de Mossoul (quelques 55 km par vol d’oiseau et 59,3 km par la route). Les enfants y sont amenés entre 6 mois et un an, aspergés d’eau de la source dite "blanche", sur le front, par un Cheikh ou un Pir (les Yézidis parlent alors de "baptême", mais sans qu'il y ait référence explicite à Jean-Baptiste ou à Jésus, lien).

un système de castes


Les Yézidis ont un système de castes dont les principales sont les Pirs (pir est un mot kurde qui veut dire « vieillard » ou « aîné »), les Cheikhs et les Murides. Le Mir, chef temporel et religieux, reconnu par les Yézidis comme étant leur représentant officiel, est choisi au sein d’une lignée dynastique (de la caste des Pirs ?). Mais le système a été revu et en quelque sorte cléricalisé par le Cheikh Adi * qui a fondé la caste des Cheikhs (cheikh est un mot arabe qui signifie « dirigeant », « aîné d'une tribu », ou alors « homme saint ») et l’a placée au dessus des autres sur le plan religieux ! Plus prestigieux que le Mir, il y a en conséquence le Baba Cheikh, véritable « pape » yézidi, et qui est leur chef spirituel. Les Faqirs, les Qewels et les Kocheks (qui sont des serviteurs religieux) servent le Baba Cheikh. Celui-ci est présent lors des rencontres religieuses importantes et lors des cérémonies, particulièrement celles qui se font à Lalesh. Une fois par an, il visite tous les villages pour donner ses bénédictions et célébrer des cérémonies religieuses. Pendant ces visites il résout également les éventuels conflits parmi les villageois. Les Pirs et les Cheikhs assistent aux mariages, aux circoncisions, aux obsèques, et jouent le rôle de conseillers familiaux. Il y a aujourd'hui 40 clans familiaux de la caste des Pirs, alors qu'avant le XIIe siècle il y en avait 90. La caste des Murides constitue la majorité des Yézidis. Cette caste n’a pas de fonction religieuse, cependant les Murides peuvent porter un titre de noblesse (Ara, Beg ou alors Makhul). Il existe aujourd'hui 99 grandes familles au sein de cette caste.
La tradition religieuse interdit aux Yézidis le mariage avec les personnes pratiquant une autre religion et entre les membres des différentes castes.  Il s'ensuit que c'est à la fois un peuple et une religion, comme pour les Juifs (d'où l'utilisation de la majuscule à Yézidis).
* le cheikh syrien Adi (Hadi en kurde) vécut très vieux entre les années 1070 et 1160. Cultivé, en relations avec l'élite intellectuelle de Bagdad – ville où il passa de longues années avant de s'installer dans le sud-est du Kurdistan – Adi jouit d'une vaste renommée comme ascète, mystique et thaumaturge. Les Yézidis s’y refèrent et son tombeau à Lalesh est pour eux un lieu de pélerinage.

une religion où la Nature est très présente

De nombreuses similitudes existent entre le yézidisme et le zoroastrisme . Mais, contrairement aux indications de nombreuses études publiées, le yézidisme n'est pas dérivé du zoroastrisme. Ces deux religions ont en effet des racines communes. Le yézidisme est une survivance de l'ancienne religion médique, religion dans laquelle Dieu (Xwede) était tout-puissant et avait un serviteur, Mithra, qui est, entre autres, une divinité solaire. Aujourd'hui on retrouve la même interdépendance entre Xwede et l'archange Taous, lui aussi une figure solaire. Le zoroastrisme, quant à lui, est une réforme du mithraïsme / mazdéisme (autre appellation de cette ancienne religion médo-iranienne).
On peut observer un important nombre de rites que les Yézidis et le zoroastriens ont en commun. Les Yézidis prient 5 fois par jour, comme les zoroastriens (et comme le feront ultérieurement les musulmans). On remarque également que la prière du matin (pendant laquelle ils se tournent en direction du soleil levant) ressemble à la prière zoroastrienne. Comme les zoroastriens, les Yézidis sont organisés en castes et ont des tabous liés aux 4 éléments que sont la terre, le feu, l'air et l'eau. Chaque automne, pour que l’année soit verte, pluvieuse et fructueuse, ils sacrifient un taureau - typique du culte de Mithra jadis pratiqué par les mazdéens. Les Yézidis et les zoroastriens partagent le même jour férié : le mercredi.
Les animaux sont représentés dans les vieilles religions iraniennes. Certains animaux, qui sont peints sur les icônes mithriaques, sont aussi représentés sur le temple de Lalesh avec les mêmes interprétations ; par exemple pour Mithra et le serpent (lequel symbolisait le cosmos dans le mithraïsme) - les Yézidis respectent particulièrement le serpent noir qui pour eux est un symbole de la sagesse (il est représenté à l'entrée du temple Lalesh).

D’une façon générale, les Yézidis aiment la nature, honorent les arbres et les rivières.

autres croyances et pratiques religieuses supposées anciennes

 

Leur religion leur prohibe certains mets, comme la laitue et les choux-fleurs, et leur déconseille de porter du bleu.  Les morts sont enterrés à proximité de leur village, dans des tombes coniques, immédiatement après leur décès. « Quelques lois étranges, signalées en certains endroits, ne doivent pas être considérées comme générales, mais expressions des traditions locales : interdiction de couper les arbres, de se vêtir de bleu, de manger des laitues et des choux-fleurs (!), d'élever des chiens, animaux impurs, que parfois ils prennent pourtant en affection. Je n'ai jamais rien lu ou entendu qui vise à justifier ces lois. » dans « Les Yézidis, adorateurs du diable », 2001, article de Jean-Paul Roux, directeur de recherche honoraire au CNRS, ancien professeur titulaire de la section d'art islamique à l'École du Louvre, publié dans « Clio » en 2014 ( lien).
La circoncision est répandue, mais elle n’est pas exigée (car sans doute empruntée à l'islam).

est-ce un monothéisme ?


Il y a bien un Dieu créateur du monde : Xwede. Mais avant de créer le monde, Dieu a créé les sept anges, les a chargé de s’occuper de ce monde et a désigné Malek Taous, lequel est symbolisé par un paon faisant la roue, comme leur chef. Il ne s’agit donc pas d’un dieu providentiel à qui on peut s’adresser dans nos malheurs et pour nos demandes. Manifestement la figure dominante, utile, est celle de Malek Taous. A noter qu’il n’y a pas dualisme car ce dernier est une créature de Dieu et va dans le même sens que lui ! C’est un archange, nullement déchu (comme le Satan/Lucifer des traditions chrétiennes que les musulmans reprirent à leur compte) et digne d’adoration (la figure théologique du Christ Roi, gérant la Création de Dieu, préexistant même à cette Création, reprend d’ailleurs ce même positionnement).
Le débat sur le nom de yézidi oscille entre les deux entités. Pour les uns, le nom de yazidi provient du proto-iranien yazatah qui signifie « ange » ou « l’être suprême » ; le mot yazatah donna le moyen-persan yazad et yazd, au pluriel yazdan qui aboutit en persan moderne à izad et en kurde à yezid et yezdan. Mais le nom yezidi peut tout aussi bien provenir de Xwede Ez da (Men da), signifiant « j'ai été créé par Dieu » en kurde moderne. Les lettres YZD en écriture cunéiforme, trouvées sur une tablette mésopotamienne, confirment l’existence ancienne de leur croyance.

 

un culte solaire


Malek Taous, l'archange symbolisé par le paon, signifie littéralement "ange solaire" (tav signifie soleil  en kurde et malek signifie ange dans les langues sémitiques). En ce sens on peut faire un parallèle avec l’ancienne divinité solaire iranienne Mithra/Shamash, qui lui-même n'était pas le Dieu suprême. Dans l'Iran ancien le nom métaphorique du soleil était Tavous-é Falak , ce qui veut dire le « paon céleste ». Dans la Grèce antique, le paon était le symbole du soleil. Dans la mythologie hindoue les plumes du paon étaient considérées comme une représentation du ciel et des étoiles.
Lorsque les Yezidis prient en direction du soleil, ils l'appellent « Shams », qui est un autre visage de l'Archange Taous. Shams est l'ange transporteur de lumière. On peut voir ici un rapprochement avec l'ange de lumière Lucifer. C'est à travers Shams que les Yezidis entrent en contact avec Dieu. Lors des prières, ils se tournent ainsi vers la « Lumière Divine ». Ils vénèrent également le feu car celui-ci est l'incarnation du soleil sur Terre. D'ailleurs, dans les maisons, un feu doit toujours être allumé. On observe exactement le même phénomène chez les zoroastriens.
Il s’agit donc bien d’un culte solaire (dans le yézidisme, le soleil est considéré comme une source de bonté, de lumière, de chaleur, et donc de vie), bien qu’aujourd’hui on puisse arguer (avec un accent panenthéiste) que – comme c’est Dieu qui a créé le soleil – c’est devant Lui, à travers Sa Création, que les fidèles se prosternent ! Non sans raison (mais avec l'intolérance du mépris en plus !) les musulmans les traitent d’adorateurs du soleil ...

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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 08:25

d'après Aloïs Pichler Geschichte des orientalischen Kirche 17°s, & Cyril Lucaris. p. 17 (1860)

 

mehmed_II_entree_dans_constantinople.jpgDès que Mohammed II fut entré dans la ville, il demanda en colère pourquoi le patriarche n'était pas venu se présenter à lui. Sur la réponse qu'il avait quitté son siège depuis quelque temps, le sultan ordonna que, selon la règle de l'Eglise, un autre fût élu ; ce qui fut fait, le 4ème jour après la prise de la ville, et Georges Gennadi élevé à l'unanimité au siège patriarcal. Mohammed lui tendit le sceptre avec ces mots : La sainte Trinité (!), qui m'a dévolu l'Empire, te consacre pour le patriarcat de la Nouvelle Rome. Ce Gennadi appartenait à l'Union dont Marc-Eugène venait de devenir le grand ennemi. Ce second Hannibal jura à son ami mourant, d'un joyeux serment, qu'il haïrait fidèlement la vraie Rome jusqu'à la fin de sa vie. (A. Pichler est universitaire bavarois catholique). Illustration : entrée de Memed II dans Constantinople, peinture de Fausto Zonaro (1854 - 1929).

 

Septem-Castrensis (anonyme pour le dominicain Ricoldi) - Contra sectam mahumeticam non indignus scitu libellus (1509). Ce livre est cité longuement et à plusieurs reprises dans Hottinger, Historia Orientalis (Zurich, 1660), qui fit autorité pendant plus d'un siècle. Il est intéressant de voir où s'arrête une importante citation de Hottinger, et de la compléter. Septem-Castrensis, alias Sieben-bürger, autrement dit : de Transylvanie. p. 38-9 ; Hottinger p. 304-5.
 ...Qui ne serait ému de prime abord, s'il est honnête et dirai-je même savant, s'il voit une telle modération morale chez les fidèles [musulmans] ? Car ils ont en horreur toute frivolité dans leurs actions, leurs gestes, leurs vêtements et leur tenue. Ils les détestent comme le feu et la peste. Quand ils voient les chrétiens habillés et harnachés en toutes choses, ils se moquent de leur frivolité, et les traitent de chèvres et de singes.

Car ils se comportent de façon très modeste, qu'on peut dire même religieuse, tant les hommes que les femmes, humbles et grands, gens de cour et paysans, avec une simplicité telle qu'on ne pourrait leur reprocher ou même remarquer aucune indécence ou démesure. Et que dirai-je alors des personnalités que l'on considère comme religieuses ? Ils affichent une telle simplicité exemplaire qu'on pourrait les croire appartenir à un Ordre régulier.

Non seulement les simples citoyens, mais aussi les grands personnages évitent de faire du bruit et du trouble ; leurs chevaux sont castrés. Dans une armée de cent mille hommes, on n'entendrait pas un cheval provoquer un désordre. Pas de fantaisie dans la monture et le harnais. Rien que de la modération. On n'entre pas en armes dans le camp. Les armes restent au dépôt. On ne discute pas sur les chameaux et les mulets, on ne fait ni sauts ni fantasias à cheval, comme les chrétiens en ont coutume.

Les nobles et les dignitaires se comportent en toutes choses comme les gens ordinaires, en sorte qu'on ne peut les distinguer. J'ai vu leur roi se rendant à la mosquée loin de son palais avec deux jeunes gens, et de même  pour aller au bain. Et à son retour de la Mosquée à son palais, personne n'a osé l'accompagner. Sur la place publique il n'était permis à personne de l'approcher, ni de crier "vive le roi", ni rien de semblable... Je l'ai vu prier à la mosquée, pas sur une chaire, ni sur un trône, mais par terre ; assis comme tout le monde sur un tapis, sans aucun ornement autour de lui. Absolument rien ne le distingue dans ses vêtements ni sa monture. Je l'ai vu aux obsèques de sa mère ; je n'aurais pu le reconnaître si on ne me l'eût montré.

Il est strictement interdit à quiconque de l'accompagner, ou de l'accoster en chemin sans sa permission spéciale. Je passe sur bien des choses que j'ai entendue sur lui, combien il est affable dans les rapports, bienveillant et mesuré dans ses jugements, généreux en aumônes, aimable en toutes circonstances.
 

 

(7-Cast. p. 38)- Ainsi des frères de Péra dirent qu'il était entré dans leur église,s'était assis dans le chœur pour voir les cérémonies et la forme de l'office, et qu'à sa demande ils célébrèrent la messe. Dans l'élévation, ils montrèrent une hostie non consacrée, voulant satisfaire sa curiosité, mais non cependant jeter les perles aux pourceaux. Ainsi, en conversant avec eux sur les lois et les rites chrétiens, entendant qu'il y avait des évêques à la tête des églises, il voulut que pour la consolation des chrétiens ils fissent venir un évêque, auquel il promettait tout ce qui était dû à son rang, y joignant une aide et une faveur sans faille. Qui pourrait, sachant ses victoires, les guerres, toute la gloire de ses immenses armées, soupçonner une ingénuité, ou ne pas admirer ses paroles ?

Commentaire : On pourrait penser, à lire ces lignes dans Hottinger, qu'elles auraient été écrites en Transylvanie pour complaire au prince. Hottinger est un Zurichois, ancien professeur d'Heidelberg dont le catéchisme arianisant était refusé par l'orthodoxie. Le passage omis ne permet pas cette interprétation, avec l'explication de la fausse messe, "pour ne pas jeter les perles aux pourceaux", que le prince aurait pris pour une insulte. Nous trouvons là un indice fort d'authenticité pour le portrait, qui correspond tout à fait au comportement du sultan vis-à-vis du patriarche quatre jours après la prise de Constantinople. Le récit de Ricoldi, publié en 1509, donc bien avant la Réforme, date les faits rapportés de 1458, donc peu après la conquête. On peut ici mesurer, avec la réputation des Turcs en Occident, terrifiante, et celle bien différente - sans doute plus proche de la vérité - qu'ils eurent en Transylvanie, à quel point l'importance des médias n'est pas nouvelle.

Traduction et commentaire par Maurice Causse

 

Ajout de l'auteur du 3 août 2014 -
L'édition du texte latin est de 1508 (et non 1509). Il y en a d'autres de 1511, etc. Mais toutes de Lefèvre d'Etaples, chez Henri Estienne, autrement dit le cercle de Marguerite de Navarre.

Le Cheikh Abdou, grand réformiste musulman autour de 1900, estimait que certaines formes du protestantisme étaient très proches en esprit de l'islam, mis à part le rôle du prophète Mohammed. Ce qui est vrai. Mais il attribuait cette proximité à une influence de l'islam sur les origines de la Réforme. Des citations telles que celle-ci peuvent donner corps à un tel sentiment. Mais il faudrait savoir le turc pour en dire davantage...

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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 13:13

Qaraqosh (ou Karakosh) est le nom en turc ottoman (Qara QoS = oiseau noir) d’une ville assyrienne du nord de l’Irak, dans le gouvernorat de Ninive, située à environ 32 km au sud-est de la ville de Mossoul (et 51 km par la route), établie au milieu de terres agricoles et à proximité des ruines des anciennes villes assyriennes Nimrud et Ninive. En syriaque son nom est Bakhdida ou encore Baghdeda (peut-être Beth – « terre » ou « ville » - Khdeda – « jeunes » en araméen ou « don de Dieu » en vieux perse). Cette ville fait partie de la municipalité de Al-Hamdaniya (du nom de la tribu arabe des "Banu Hamdan" qui a régné à Mossoul au Moyen-âge). En 2012, la population était de 50 000 habitants (dont, déjà 15 000 réfugiés assyriens d’autres villes irakiennes). Autres grandes villes assyriennes de la région : Alqosh et Tel Kepe. Les habitants y parlent le syriaque, et l’arabe en langue seconde ; les jeunes générations apprennent l’anglais.

bakhdidalbanner.jpgLe site de la ville (lien).

Source pour cette série d'articles : entre autres Wikipedia en anglais (lien).

bakhdida.JPG
En plus des activités agricoles, la ville a prospéré avec le tissage de la laine de mouton et la confection de manteaux de cuir (et depuis les années 1980, l’élevage industriel de poulets) ; elle est devenue un centre d’affaires et de commerce.


C’est une ville assyrienne dont la plupart des habitants fréquentent surtout l’Eglise catholique syriaque (à 96%) et le reste l’Eglise syriaque orthodoxe ; mais les troubles en Irak depuis le renversement du régime bassiste de Saddam Hussein par les Américains et les Anglais au début de 2003, ont provoqué une immigration de fidèles de l'Eglise catholique chaldéenne (présente surtout à Bagdad) et de l'Eglise assyrienne d'Orient (les deux étant dérivées de l’Eglise nestorienne,  lien et articles suivants).


bakhdida qatarta d'beth inaLa ville a connu les grands empires de l’Antiquité : non loin d’une bataille décisive entre les Assyriens et les Babyloniens en 610 avant JC, après la chute de Ninive ; elle connu ensuite les Perses. Nestorienne lors des conflits christologiques du IVème siècle, elle est passée à l’Eglise syriaque orthodoxe au VII° siècle (Eglise de théologie monophysite, dirigée par un patriarche jacobite). Ensuite elle a eu à souffrir de raids kurdes (déjà au nom de l’islam ! par exemple en 1171, puis en 1261 et en 1324).

"Qaṭartā d'Beth Ina" Un exemple de constructions en briques de type assyrien dans le vieux centre.

 
Suite à la chute du régime bassiste d’Hussein et à la présence des troupes américaines, on a assisté à une forte montée de l’intégrisme musulman : assassinat d’un leader politique assyrien à Bakhdida le 22 novembre 2006, harcèlement subi par les étudiants chrétiens à l’université de Mossoul, attaque le 2 mai 2010 d’un convoi de bus transportant des étudiants de Bakhdida à l’université de Mossoul faisant plus d’une centaine de blessés et de morts, etc.

En avril 2011, le ministère irakien de l'Education a commencé la construction d'une université à Bakhdida ; elle est prévue pour desservir l'ensemble de la région des plaines de Ninive.


La ville s’est dotée d’une milice locale de 1 200 gardes. Avec l’aide des Kurdes « peshmergas » (groupes armés locaux), elle a repoussé, au début de juillet 2014, les attaques du prétendu « Etat islamique en Irak et au Levant » (EIIL).

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