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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 10:52

note de Jean-Claude Barbier, préparée le 11 décembre 2016 pour le séminaire de formation des unitariens à Kigali du 16 au 23 décembre 2013 ( lien)


L’homme semble être le seul animal dont la production mentale aboutit à des idées, à savoir des concepts qui désignent des réalités tangibles, des faits réels ou encore un ensemble (des catégories concrètes – par exemple « les hommes » - ou invisibles – par exemple « les gaz », ou abstraites par exemple l’éros selon Freud, l’âme selon les spiritualistes, etc.). Celles-ci ne sont forcément liées à l’intelligence, comme par exemple lorsque l’individu reprend tout bonnement les idées de son groupe d’appartenance par soucis de conformisme ou pour, comme on dit, aboyer avec les loups. Nous nous proposons ici de distinguer plusieurs types d’idées.


cerveau_hemispheres_bonheur_travail.jpg

 

Les croyances sont acquises non pas par un effort intellectuel de la personne mais par transmission des générations précédentes : la tradition, la coutume, l’éducation reçue des parents, les corpus religieux, etc. Elles ne sont pas forcément « fausses » et peuvent refléter une sagesse accumulée par les générations précédentes, mais ne sont pas encore vérifiées par la personne et ne s’accompagnent pas de preuves, sinon d’argumentaires communautaires. Par exemple « Je crois en l’existence de Dieu ».
Parmi ces croyances héritées du passé, certaines sont considérées comme désuètes, sans fondement ; on les appelle des « superstitions », par exemple le chiffre 13 porterait malheur (en fait, c’est 12 – chiffre symbolique de la perfection : les 12 mois de l’année, les Douze désignés par Jésus à la tête de son mouvement, etc., plus 1, ce qui fait qu’on tombe dans l’imperfection … qui donc fait courir des risques). A noter que cette superstition est suffisamment répandue pour que les hôtels passent du n° 12 au n° 14  et que certains hôtes invitants ne reçoivent jamais une 13ème personne à leur table !
Les rationalistes de la Libre Pensée (avec majuscules car c’est la désignation d’un mouvement) considèrent que toutes les croyances religieuses sont des superstitions.

Les connaissances, quant à elles, sont vérifiées auprès des savants de son époque, des sciences, des chargés d’enseignement, etc. Elles s’accompagnent de démonstrations objectives, expérimentales ou de faits dûment inventoriés. Elles ont fait l’objet, ou font encore l’objet, de débats intellectuels pour savoir si c’est vraiment vrai tant que la communauté scientifique n’avalise les phénomènes et leur explication.
L’objectif est, non pas la vérité métaphysique, ultime, absolue, comme la pierre philosophale ou la quête du Graal, mais tout simplement la réalité des choses : est-ce que nos idées correspondent aux réalités ; est-ce que je vois la réalité telle qu’elle est. C’est un travail d’appréhension des choses, mais aussi sur soi-même afin que nos perceptions ne soient pas déformées par nos propres idéologies et notre subjectivité.
Les connaissances vont s’appuyer sur l’expérimentation directe : la médecine (qui fait des progrès considérables au XVI° siècle dès lors qu’on pratique la dissection des cadavres et l’analyse anatomique), l’alchimie (certes à la recherche de la combinaison miracle !) ; puis sur la découverte des lois de la Nature (avec Isaac Newton et sa génération) dans la lignée des physiciens grecs (Archimède, les astrologues, etc.) ; enfin sur toutes les sciences. A cette vérification incessante des connaissances par la communauté scientifique, s’ajoute bien sûr, à un niveau plus modeste et individuel, le savoir faire acquis par chaque travailleur, améliorant ses techniques et capable d’innovation. En plus, les cognitivistes considèrent comme des connaissances les souvenirs de tel ou tel moment de notre vie (connaissances épisodiques) et les procédures que nous engageons dans la réalisation d'activités (connaissances procédurales). Les connaissances ne sont donc pas toujours attestées scientifiquement.
Le théisme et le déisme du Siècle des lumières se représenteront un Dieu créateur qui est l’horloger de l’univers, à la fois créateur et régulateur. Il s’ensuivra que Dieu ne peut déroger par une providence occasionnelle aux propres lois qu’il a établi. Le soleil ne peut s’arrêter, même si Josué en a besoin pour continuer à massacrer ses ennemis ! L’univers est devenu lisible, régulier, dépourvu de signes métaphysiques tels que l’étoile des mages.
La connaissance admet qu’on ne sait pas tout ! Elle est progressive et admet ses limites, en espérant qu’un jour elle pourra comprendre.
Il y a un doute métaphysique, qui est celui d’un Sébastien Castellion, précurseur du protestantisme libéral, qui admet son incapacité à se prononcer sur le fondement du dogme trinitaire et il s’affirme en conséquence disposé à recevoir les arguments des uns et des autres à ce sujet.
Il y a un doute rationnel qui, selon le Discours de la méthode de Descartes, fait table-rase du passé : je n’admets que les idées qui sont prouvées (malheureusement sa démarche n’est pas du tout scientifique car il emprunte le cheminement des mathématiques à partir d’un axiome – « je pense donc je suis » - et par déduction des idées les unes des autres alors que chaque idée doit être confrontée à la réalité dont elle veut rendre compte. Voir l’enchaînement catholique des dogmes par déduction dans les Etudes unitariennes (lien).
Certains peuvent préconiser une rupture générationnelle, par exemple l’Américain transcendantaliste Ralph Waldo Emerson qui estime que les individus ne doivent plus être prisonniers des traditions et se mettre dorénavant à penser par eux-mêmes (le cas des unitariens allemands de la DUR avec l’ici et maintenant à la majorité de l’assemblée au jour J).
La démarche scientifique consiste d’abord à enregistrer un certain nombre de faits en précisant leur authenticité ou leur plausibilité (d’où l’importance d’une méthodologie pour qu’un tel recueil soit indiscutable). Puis à émettre une hypothèse explicative de ces faits (il ne s’agit donc pas d’un simple exercice d’imagination, et on s’abstient si les faits sont insuffisants exemple de la langue basque, isolat linguistique). L’enquête expérimentale ou de terrain permettra ensuite de vérifier si cette hypothèse tient la route. A partir de là, le savant peut élaborer une théorie plus générale confirmant ce qui est déjà connu, le précisant, le complétant, le modifiant ou le réfutant. Dans ce dernier cas, il invitera à un changement de paradigme, à savoir des bases de départ et des références habituelles afin de mieux appréhender l’objet étudié.

Les opinions peuvent reprendre les croyances véhiculées de génération en génération ou bien être celles de son groupe d’appartenances (les ‘perroquets’ qui récitent les credo d’Eglise ou les mots d’ordre des partis politiques, ou encore les éditos des journaux, etc.) – elles sont alors d’ordre communautaires et ne se dissocient pas des croyances héritées. Mais elles peuvent être aussi issues de démarches plus individuelles liées à un effort de connaissance et à une expérience de vie.
Alors que la connaissance en reste à une représentation la plus objective possible des réalités, avec critique des représentations usuelles, l’opinion va au-delà. Elle est un choix à partir des connaissances acquises, mais aussi de sa perception intuitive (et donc subjective) des faits et de son expérience de vie. Elle peut motiver des engagements militants lorsque l’opinion se trouve pris dans le tourbillon des débats, des conflits de générations, des convictions personnelles, des choix de vie. N’hésitons donc pas à dire nos options, mais en sachant que d’autres – tout aussi intelligents ! – peuvent faire d’autres choix. La démocratie repose à la fois sur ces engagements et ce respect des autres.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans toutes les idées ne se valent pas !
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