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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 08:27

Yves Lecornec (protestant libéral et unitarien, Caen) prolonge sa réflexion à propos du texte de Roger Parmentier, par ce message adressé au forum des Unitariens francophones, ce dimanche 24 juillet 2011.


yves lecornec portraitJe me permets de revenir sur le débat ouvert par le discours du pasteur R. Parmentier et sur l’hétérogénéité supposée des positions de Paul et de Jésus.

On pourrait résumer ainsi la proposition de cet auteur : « abandonner la christologie qui fait de Jésus le fils de Dieu, doctrine qui n’est que pure invention et reconstruction a posteriori par les disciples, pour rester fidèle au Jésus historique et privilégier son enseignement et sa « praxis ».

Ce « gauchissement » de l’enseignement initial du Christ serait l’effet du désarroi des disciples après la mort de leur maître. Présent déjà dans les synoptiques sur la base de la légende du tombeau vide, il aurait ensuite été développé et systématisé par Jean et surtout Paul qui, du fait de son dynamisme missionnaire, aurait amené l’ensemble des communautés qui se réclamaient de Jésus à adopter la « nouvelle ligne ». L’histoire, on le sait étant écrite par les vainqueurs, les minorités, tels les judéo-chrétiens ou les unitariens, n’eurent que peu de moyens de faire face à l’hégémonie idéologique des grandes églises… Aussi le discours du pasteur Roger Parmentier serait, de la part d’un des clercs d’une de ces Eglises, une nouveauté forte, susceptible d’introduire un élément sainement perturbateur dans la vie spirituelle de cette communauté.

Cette présentation, que j’espère assez fidèle est sans doute séduisante mais je ne puis pour ma part y adhérer totalement. Ma fidélité à une théologie unitarienne de type adoptianiste me fait craindre que l’on ne réduise ainsi la signification de l’évènement « Jésus » à l’admiration que l’on peut éprouver pour un maître, un héros ou un saint tels que l’histoire des peuples et les différentes cultures peuvent en présenter.

En ce qui concerne la « nouveauté » de cette position, j’ai déjà dit dans un message précédent quel était mon sentiment. Il n’y a pas là pour moi de réelle nouveauté car l’histoire de la pensée Chrétienne fourmille de ces tentatives sans cesse renouvelées de « réduire » le Christ au seul homme Jésus. Inversement d’ailleurs, les grandes églises ont, depuis leur naissance, cédé de façon assez systématique à la tentation inverse (nier la pleine humanité du Christ) et développé des spéculations toujours plus complexes et éthérées sur une prétendue déité métaphysique de l’homme de Nazareth.

Pour illustrer mon propos d’une non-nouveauté du discours du pasteur Roger Parmentier, quelques rappels historiques puisant dans l’histoire relativement récente de la théologie : c’est tout d’abord le philosophe protestant Reimarus qui observait (au XVIIIème siècle !) que le Nouveau Testament développait deux visions du Christ : les synoptiques avec un Jésus prophète, et les textes de Paul et de Jean qui parlaient d’un Fils de Dieu descendu du ciel.

Le protestantisme libéral du XIXème siècle s’est largement engouffré dans cette brèche et présenté, parallèlement à Renan ou d’autres auteurs, un Jésus humain, maître de sagesse

Wrede, en 1904, publie pour sa part un « Paulus » qui eut un fort retentissement : il indique clairement le choix à faire entre la prédication de Jésus et la théologie de Paul. Le mot d’ordre « zurück von Paulus zu Jésus » qui retentit alors, nous dit Henri-Jérome Gagey, « appelait ainsi à restaurer loin de Paul et de toute sa dogmatique, le christianisme authentique, compris comme une expérience d’une relation à Jésus vraiment salutaire parce que ‘déchristologisée’ ». On voit là en toutes lettres le programme défendu par Roger Parmentier !

Rien de nouveau donc, sous le soleil de la théologie ...

Mais le fond du problème (la représentation que l’on se fait du Christ) est sans doute plus essentiel que la dispute sur l’originalité de telle ou telle position.

Or, je reste personnellement insatisfait de la présentation des choses que nous propose Roger Parmentier. Me réclamant de l’unitarisme, ce sentiment d’insatisfaction, voire de réticence avouée devant la déconstruction de l’orthodoxie doctrinale pourrait sembler à certains assez paradoxal. Mais il me semble que notre auteur (relayé en cela par la position moyenne de l’unitarisme Chrétien) ne fait pas justice de l’intention profonde de Jésus, et du caractère central de l’eschatologie dans sa prédication.

C’est la référence à l’eschatologie qui, me semble-t-il, fait le lien entre l’annonce de la proximité du Royaume par Jésus, et la prédication de Paul présentant le Christ comme l’accomplissement de ce que Jésus ne faisait qu’annoncer.

Je ne crois pas, contrairement au libéralisme « classique », qu’il nous faille ranger l’eschatologie au rayon des accessoires. Certes comme ses contemporains, Jésus a attendu un grand drame cosmique marquant la fin des temps, et cet évènement mythique n’est pas survenu. Mais, fondamentalement, ce qui importe n’est pas son caractère mythologique et apocalyptique, c’est le sens que lui donne Jésus. L’irruption du Royaume ne l’intéresse pas comme évènement de l’histoire. C’est par contre l’évènement mystérieux qui place l’homme dans la décision devant Dieu. Bultmann sur ce point m’a été un guide précieux pour en saisir le sens. Jésus ne prêche pas un idéal, il n’enseigne pas une éthique, il ne prescrit pas l’ascèse, il appelle à l’obéissance. Le sens de l’existence humaine écrit Bultmann est « de se tenir devant Dieu dans la décision, d’être placé devant l’exigence de la volonté divine, qu’il s’agit de saisir dans le moment concret, et à laquelle il faut obéir. » Le Royaume est le tout Autre et Jésus est le porteur de la Parole divine, il est l’Envoyé. La communauté primitive, en le confessant comme le Christ, le reconnaissait donc pour ce qu’il avait prétendu être : le messager de la dernière heure, celui qui introduisait le tournant des temps.

Pour autant Jésus ne s’est jamais désigné comme un être céleste descendu sur terre, un être humano-divin doté d’un statut métaphysique particulier même s’il avait conscience de son rôle particulier dans l’économie du Salut ! Il fut un homme, pleinement homme, soumis à la volonté de son Père, remplissant sa mission parmi les hommes, ses frères.

Dans la mesure ou Paul confesse comme advenu en Jésus (la présence du Royaume) ce que Jésus annonçait comme devant advenir, la prédication de Jésus et la théologie de Paul se répondent l’une l’autre en raison de la symétrie de leur position par rapport au « tournant des temps » que représente la Croix, et la confirmation par Dieu de la victoire sur la mort.

Car le jugement de Dieu devant lequel Jésus place l’homme est aussi message de grâce gratuite et de pardon. Le jugement de Dieu nous condamne mais nous pardonne. Cette tension répond à la tension chez l’homme entre l’Altérité et la Présence. Dieu est le Tout Autre. Il est aussi le tout proche. En Jésus, Dieu affirme sa transcendance (c’est l’annonce du Jugement) et sa présence (c’est la grâce – le Royaume est déjà parmi nous).

La foi (la confiance en la Réalité Ultime) permet d’aller au-delà de ce paradoxe et de goûter dès ici-bas la réconciliation. Jésus pour moi n’est pas l’être céleste, deuxième personne d’une impensable trinité), il est l’Homme réconcilié avec le Divin, le nouvel Adam.

C’est le sens de cette christologie adoptianiste que je défends, et qui, respectant l’unité du Nouveau testament, me semble n’être pas contraire à l”image Biblique du Christ.

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Published by Yves Lecornec - dans Roger Parmentier
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