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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 02:36

Au sein du groupe Yahoo « Unitariens francophones » ( lien), les 3 et 4 juillet 2011

 

Jean-Claude Barbier, vignette, mai 2008Jean-Claude Barbier, chrétien unitarien, Bordeaux - Je vous fais part du dernier texte du pasteur Roger Parmentier, pour l'instant inédit et quelque peu explosif ! Qu'en pensez-vous ?


yves_lecornec_portrait.jpgYves Lecornec, protestant libéral de sensibilité unitarienne, Caen - Question fondamentale il est vrai ! Nous pourrions d’ailleurs la reformuler tout simplement ainsi : Jésus est-il le Christ, l’Oint de Dieu, dont l’existence même et la mort revêtent une signification particulière au regard des relations divino-humaines, ou est-il (n’est-il qu’ ?) un maître de sagesse, comme l’Humanité en a produit en tout peuple et tout au long de son histoire ?


A la question de Jésus à Césarée de Philippe, “et vous qui dites-vous que je suis ? ” chacun bien entendu est libre de sa réponse. Mais la réponse biblique “Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant”, est la pierre de touche qui permet de différencier qui est chrétien (au sens propre du terme), de qui ne l’est pas.


Je ne peux m’empêcher, une fois encore, d’être très réservé sur la position de l’unitarisme français qui a trop tendance à jeter le bébé avec l’eau du bain ! La révélation chrétienne pour moi est arcboutée sur deux piliers : la vie et l’enseignement de Jésus d’une part (donnée objective), la réception et la compréhension de son sens profond par les disciples d’autre part. Que cette compréhension ait été formulée en termes mythiques et légendaires, bien entendu et notre époque demande d’effectuer le tri indispensable entre substance et forme du message. Faut-il pour autant n’en garder que l’aspect très “exotérique”et s’interdire d’y déceler une Présence mystérieuse ?


La vision que propose Parmentier n’est pas neuve, elle est même vieille comme le monde (chrétien, etc.). Plus près de nous, Renan ou le vieux libéralisme du XIXème siècle, puis la sécularisation du monde moderne et du message évangélique. Rien de neuf sous le soleil... Je ne pense pas que le texte ci-dessous soit de la poudre comme tu le dis...


Non, le problème de la redécouverte de l’Evangile du Christ ne peut être lié à une vision purement “horizontale”. Reste par contre à trouver le langage qui portera cette renaissance, mais il ne pourra à mon sens faire l’impasse sur ce qui fait le cœur même du christianisme. Fraternellement


michel_theron_portrait.jpgMichel Théron, agnostique de culture chrétienne, Lunel près de Montpellier - Pour ma part, je pense que le texte de Roger Parmentier (que je connais pour l'avoir rencontré plusieurs fois aux journées annuelles des protestants libéraux français à La Grande Motte), est tout à fait pertinent, et que le message de Jésus a été recouvert par une construction sotériologique instrumentalisante que nous devons à Paul, qui lui-même n'a pas connu Jésus, et qui pourtant s'est fait appeler "Apôtre" ! Mais évidemment là-dessus je n'engage que moi...
 
  Jean-Claude-Barbier--vignette--mai-2008.JPGJean-Claude Barbier, chrétien unitarien, Bordeaux - Cher Yves. Lorsque tu dis que l'unitarisme français jette le bébé avec l'eau du bain, je ne vois pas à quel texte tu fais allusion. Jusqu'à présent, il n'y a pas de texte "officiel" sur ces questions d'exégèse et je crois pouvoir dire qu'il n'y en aura pas. Il n'y a que des textes d'auteurs, lesquels n'engagent qu'eux mêmes. Ceci vaut bien entendu pour les Etudes unitariennes ( lien)


 L'alternative que tu poses ne me satisfait pas personnellement : Jésus maître de sagesse (on dirait aujourd'hui "philosophe" selon Frédéric Lenoir) ou bien le "Christ" qui était attendu pour régulariser nos rapports avec Dieu. Et si Jésus avait été un militant de son temps ? Empruntant une action religieuse et mystique pour la délivrance de son peuple car les Temps étaient arrivés selon les prophéties existantes de Daniel et du Livre d'Hénoch. C'est la thèse de Louis Cornu dans notre rubrique consacrée au "Fils de l'Homme" ( lien).


 Dans la tradition unitarienne - et pas seulement "française" - il y a bien entendu le refus de "croire" aux miracles qui vont à l'encontre des lois naturelles : transformer l'eau en vin, marcher sur les eaux,  ressusciter les morts, ressusciter soi-même, etc.  Pour les guérisons miraculeuses, voir le dernier article de Michel Benoît : " JÉSUS A-T-IL FAIT DES MIRACLES ? La maladie, la mort et nous. (Dans le silence des oliviers V) ( lien)

A Michel : entre espérance messianique et sotériologie, il n'y a qu'un pas pour ces disciples de Jésus qui furent appelés les "nazoréens" - c'est à dire les sauvés - et qui étaient de la mouvance essénienne de conviction eschatologique et baptiste. Voir notre dossier sur les sectes juives ( lien).

Encore à Michel : Paul n'était pas présent lors du premier kérygme, celui de la Pentecôte ; c'étaient alors les apôtres Pierre et Jean qui apparaissaient au premier plan. Il a pris comme on dit le train en marche. Son "Notre seigneur Jésus, oint de Dieu" correspond tout à fait au culte à Jésus qui s'est rapidement mis en place le dimanche en prolongation du sabbath et où les nazôréens attendaient le retour du Christ.


Ceci dit, on peut être chrétien (attaché à la personne de Jésus et à son enseignement - ce qui correspond à la définition donnée par les statuts de l'AFCU - texte officiel dans ce cas, lien) sans être pour autant nazôréen.


A Yves : dire que Jésus n'a pas ressuscité n'est pas du recuit ! En plus, qu'un pasteur protestant le dise et le proclame, c'est quand même un évènement ! Nous ne sommes pas nombreux à le dire. Pour l'instant, et à mon humble connaissance, il y a Michel Benoît (le corps fut enlevé par les ésséniens) et par moi-même (c'est la famille de Jésus qui serait venu récupérer "son bien"). Voir notre dossier sur "le tombeau vide" (lien).

Nombre de chrétiens se contentent de parler d'une résurrection au sens spirituel du terme, ce qui est une tartufferie de première classe car tout le monde sait bien que la résurrection concerne le corps (et son souffle) selon la conception juive de l'époque (le concept d'une âme séparée du corps selon la conception gréco-romain n'était pas encore "arrivée").

 

Bonne continuation de notre discussion sur ce texte de Roger Parmentier.
 

yves lecornec portraitYves Lecornec - Cher Jean-Claude, Quelques éléments de réponse à ton message, et ce, pour alimenter la discussion :


Tu écris : « Lorsque tu dis que l'unitarisme français jette le bébé avec l'eau du bain, je ne vois pas à quel texte tu fais allusion. Jusqu'à présent, il n'y a pas de texte "officiel" sur ces questions d'exégèse et je crois pouvoir dire qu'il n'y en aura pas ». Certes il n’y a pas de doctrine officielle de l’unitarisme, mais – disons – une position « moyenne », majoritairement partagée au sein de la mouvance, véhiculée aussi par ses animateurs.  C’est à elle que je faisais allusion. Mais j’ai bien conscience que ma généralisation était abusive, puisque cette divergence ne m’empêche pas de me considérer moi-même comme protestant libéral de sensibilité unitarienne.


 « Et si Jésus avait été un militant de son temps ? Empruntant une action religieuse et mystique pour la délivrance de son peuple car les Temps étaient arrivés selon les prophéties existantes de Daniel et du Livre d'Hénoch. C'est la thèse de Louis Cornu dans notre rubrique consacrée au "Fils de l'Homme" » J’ai lu attentivement le texte de Louis Cornu, qui ne me semble nullement en contradiction avec l’alternative que je décrivais. La conscience existentielle et la prédication du Christ étaient de nature essentiellement eschatologique, annonçant le Royaume et préfigurant la fin des Temps. Il avait une claire perception du rôle éminent de sa personne dans ce drame et s’identifiait au « Fils de l’Homme ». C’est bien là l’image biblique du Christ, étrange et dérangeante, redécouverte notamment par Schweitzer et d’autres. J’adhère tout à fait à la conclusion de son étude :  « Le "Fils de l'homme" de Daniel, figure allégorique du "Peuple de Dieu", amplifiée en personnage céleste réel, d'origine divine, par les Paraboles d'Hénoch, est assumé par Jésus, Fils de l'homme du Nouveau Testament, avec une particularité tragique supplémentaire de souffrances et de mort ... que n'avaient prévue ni Daniel, ni l'auteur de ces Paraboles."

 

C'est cette origine divine, affirmée par les Paraboles d'Hénoch qui, pour tout homme qui se prévaudrait de cette identité, équivalait à la prétention blasphématoire de se faire "l'égal de Dieu". C'est exactement ce que fit Jésus, mystiquement convaincu de son origine divine singulière ... assumant avec réalisme les contingences de son présent, soutenu, jusqu'à sa crucifixion, par une foi inébranlable dans son imminent destin personnel eschatologique radieux.


C'est la relation étroite de ces trois situations - origine divine, présent difficile, destin glorieux - assumés en bloc par Jésus le Nazôréen, qui constitue l'unité profonde du "Fils de l'homme" des quatre évangiles, en "Fils de Dieu", de façon singulière certes ..., mais sans toutefois l'égalité trinitaire du dogme chrétien.

Contrairement aux affirmations du pasteur Parmentier, Il n’y a donc pas hiatus entre cette vision du Christ-Fils de l’Homme (assumée par Jésus lui-même) et l’image biblique de Jésus. Elle a été à la base de ce que Hans KUNG appelle dans son ouvrage « le Christianisme – ce qu’il est, ce qu’il est devenu dans l’histoire » le paradigme judéo-apocalyptique des premiers temps. C’est dans ce contexte, et en totale continuité avec lui, qu’a été interprétée la mort de Jésus, comme sa résurrection.

Sur ce dernier point, tu évoques les hypothèses que Michel Benoît et toi avez formulées pour interpréter le « tombeau vide ».  Ce sont semble-t-il des spéculations qui ne reposent sur rien de tangible, pas plus par exemple que cette légende qui veut que Jésus, laissé pour mort, ait été soigné par ses proches dans le secret, et se soit fait reconnaître par ses disciples avant de s’en aller finir sa vie au Cachemire, où l’on célèbre encore sa mémoire ! [ndlr : version diffusée par les musulmans de la Ahmadyyia].

 
Je suis bien d’accord sur le fait que la pensée Juive ne connaissait pas le concept de la séparation de l’âme et du corps, c’est bien pour cela que voulant traduire l’expérience extatique qu’ils avaient vécue, et le sentiment prégnant de la présence réelle du Christ après sa mort, les disciples ne purent le faire qu’en utilisant le matériel conceptuel dont ils disposaient.  Ce n’est pas une « supercherie », pas plus que l’image de l’Ascension, il faut remettre cela dans le contexte de l’imagerie orientale de l’époque. C’est au contraire, me semble-t-il, une traduction forte d’une réalité spirituelle qui nous interpelle, qu’il nous faut bien entendu retraduire pour la mentalité des hommes de ce temps. Bultmann nous est d’un grand secours sur ce point.
Bien fraternellement


mons_blason.pngNicolas Semaille, universaliste de culture chrétienne, Mons - C'est très intéressant. Je suis d'accord avec plusieurs aspects de ce texte du pasteur Roger Parmentier.


La majorité des Eglises ont déformé complètement le message de Jésus. Heureusement, il y a toujours eu des communautés et groupes authentiques pour dénoncer cette situation. Les institutions ecclésiastiques ont transformé le message de Jésus comme Staline l'a fait avec les "prédécesseurs" dont ce dernier prétendait être le représentant fidèle (sic). Les cléricatures sont devenues au fil des siècles de véritables nomenklaturas reproduisant injustices et idolâtries du passé (dont celle de l'argent, la pré-bureaucratie, etc.).


Cependant, c'est symboliquement que le message de Jésus est en rupture complète avec l'Ancien Testament et les expressions comme "résurrection", "Salut" etc ne sont pas à prendre de manière littérale mais allégorique. De même que la Bible dans son ensemble n'est pas un livre historique même si certains de ses passages et/ou leurs sources le sont.


En tout cas, en ce qui me concerne, l'enseignement du Jésus de l'Evangile constitue ma source d'inspiration (spirituelle) principale même si j'y trouve des échos dans d'autres livres sacrés.

Alfarange.jpgAlfarange, chrétien unitarien de sensibilité universaliste et gnostique, département des Yvelines - Chers amis, voilà mon sentiment. Je suis assez proche des idées du pasteur Parmentier, à quelques nuances près.


D'abord, revoir notre conception du message évangélique ne veut pas dire abandonner les termes "chrétien" et "christ", ni "messie". De toute évidence, les évangiles manifestent la conviction d'un Jésus messie, ce qui est avec une quasi-certitude la conviction finalement acquise des "disciples de la voie". Mais je crois plutôt que nous avons un sérieux problème de définition.
Dans l'immense majorité des cas, si vous demandez à un chrétien ce que veut dire christ, il dira que c'est le fils unique de Dieu qui racheté nos péchés sur la croix. Mais christ veut seulement dire messie, oint de Dieu, son élu choisi.


Sa vie nous montre celle d'un guide spirituel, d'un herméneute de la Torah, à laquelle il ajoute une dimension nouvelle : celle d'un royaume vraiment plus céleste que terrestre (conséquence sans doute de son analyse de la situation du temple à Jérusalem) et celle d'un rapport direct à Yahvé comme "Père", chose totalement nouvelle, qui sans doute est inspirée par l'amitié de Dieu pour Abraham, le pardon accordé régulièrement à David, ce genre de perception d'une profonde humanité de Dieu, ou du moins la nécessité d'en passer par cette perception pour vivre dans l'amour et le respect de son autorité sans plus avoir à en passer par la crainte.


Une chose me paraît claire : fils unique ? Vu le "notre Père", qu'il enseigna, il est permis d'en douter. Fils choisi ? Plus probablement : il se manifeste comme le "Chemin", il est le bon berger, etc... Messie au sens judaïque, certainement. Christ au sens dogmatique, j'en doute.


S'il est rédempteur, c'est plus en apportant son enseignement radical de transformation de soi, notamment par le baptême qui fut instauré, peut-on penser, pour remplacer les rites d'expiation du temple, que par un sacrifice expiatoire sur la croix. Ce sacrifice de soi - au sens où Jésus n'aurai pas résisté, voir provoqué sa condamnation par le Sanhédrin ou par les romains - n'a pour moi de perspective de sauvetage que dans la mesure où il est le comble du renoncement et représente un engagement "jusqu'au-boutiste", peut-être pour s'assurer que le message resterait gravé dans ses disciples bien après sa mort (une sorte de choc psychologique). Peut-être aussi pour mettre fin aux propositions que devaient lui faire les zélotes de monter une action plus politique et plus militaire pour restaurer Israël.


C'est là mon opinion, et c'est d'ailleurs pour cette raison que tout en me considérant chrétien, unitarien et universaliste, je me considère aussi gnostique (ce qui fut à l'origine de mon intérêt pour le soufisme, et donc pour l'islam mystique). Pour moi Jésus est messie au sens d'élu désigné parmi ses fils pour enseigner la voie, éclairer le judaïsme, sans doute ouvrir sa portée aux autres peuples (quoique je ne puisse être totalement formel), et instruire de la sagesse plus que de la loi.

Voilà, ce n'est qu'un partage d'opinion. Fraternellement,


   yann_philemon.GIFYann Elvin, symphatisant unitarien-universaliste, Paris - J'estime que la thèse de Roger Parmentier est intéressante. Je pense également que, quelque soit l'opinion qu'un chrétien puisse avoir au sujet de la mort, de la crucifixion du Christ, en tant que mythe ou en tant que réalité de la foi, l'essentiel est de mettre en application les enseignements qu'il apporte dans l'Evangile. Notamment la "charité fraternelle", et donc le respect de son "frère", même s'il ne pense pas comme lui...qu'il croie ou non en la réalité de cette résurrection corporelle. Pour moi, l'essentiel est la "révolution" que Jésus a voulu apporter dans les  relations humaines et dans les rapports que les hommes pouvaient entretenir avec leur Dieu : des rapports basés sur l'amour, la confiance et la gratitude.

mons blason
Nicolas Semaille - Bonjour Michel, Je pense aussi comme toi que le discours paulinien ne s'accorde pas avec celui de Jésus. Cordialement.

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Published by Unitariens français - dans Roger Parmentier
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