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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 06:33

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Au XVIe siècle, les Pays-Bas désigne un vaste ensemble de possessions qui s’étire de l’Artois (Flandres romane ou gallicane, de langue française, qui correspond au Nord actuel de la France) jusqu’en Frise, au nord de la Hollande. On distinguait les Pays-Bas du Nord de ceux du Sud ou Belgica Foederata ou encore Belgica Regia. Cet ensemble avait été réuni par les ducs de Bourgogne au XV° s. et transmis au siècle suivant aux rois d’Espagne ; Bruxelles en était la capitale. Au XIe siècle, le comte de Brabant y avait transféré sa capitale, abandonnant Louvain ; il y fit construire alors un premier château ; le Brabant était devenu bourguignon au XV° siècle.


En 1559, Philippe II, roi d’Espagne, nomme Marguerite de Parme (sa demi-sœur et fille naturelle reconnue par son père Charles Quint) gouvernante des Pays-Bas. Il la présente aux Etats généraux des Pays-Bas, à Gand ; une instance établie par l’empereur Charles Quint. Mais finalement, la Gouvernante se trouve flanquée d'un conseil occulte, la Consulte, qui court-circuite les grandes familles aristocratiques des Flandres présentes au Conseil d’Etat. Font partie de la Consulte, le chancelier Viglius, Charles de Berlaymont et surtout le cardinal Granvelle. Ce dernier exaspère à la fois ces nobles exclus et la gouvernante. En plus de ce mécontentement des nobles, l’opinion n’apprécie pas la répression féroce des protestants par la politique anti-calviniste que mène Philippe II. Les premiers protestants sont signalés à Bruxelles dès les années 1520 et, en 1523, les premiers martyrs sont exécutés sur la Grand-Place.
Vers 1560, l'intransigeance du cardinal Granvelle a poussé au paroxysme l'hostilité de la population envers la domination espagnole. Les prêtres s'opposent aux restrictions apportées à leurs prérogatives par l'Inquisition. Les nobles, sans cesse rabaissés, contestent, en 1561, la décision de Granvelle de porter secours aux catholiques français. Guillaume d'Orange et ses alliés du Conseil d'État exigent la convocation des Etats généraux. Granvelle s'y refuse en évoquant les passions que déchaînerait « ce méchant animal nommé le peuple ».


De fait, les soulèvements se multiplient. Peu après les émeutes de Bailleul et de Tournai, la foule délivre à Valenciennes deux tisserands calvinistes conduits au bûcher (1562). En 1564, le peuple force la porte des prisons à Bruges et à Bruxelles. Le 11 mars, Guillaume d'Orange et les comtes d'Egmont et de Hornes démissionnent de leurs fonctions au Conseil d'État. Catholiques et calvinistes s'unissent et 400 nobles signataires présentent à Marguerite de Parme un programme commun contre l'Inquisition et « les mauvais conseillers du roi ». Le texte, connu sous le nom de « compromis des Nobles », assortit au rejet de l'absolutisme la promesse de ramener l'ordre.
Sur ce, Henri de Brederode, un noble protestant, rapporte les propos qu’il aurait entendus en donnant à la gouvernante le texte. Marguerite de Parme impressionnée par la délégation est rassurée par l’un de ses conseillers, Charles de Berlaymont (membre de la Consulte), qui lui dit « N’ayez pas peur, ce ne sont que des Gueux ! ». Henri de Bréderode en fait alors le nom de ralliement des insurgés et ceux-ci organisent un grand banquet en l'hôtel de Culembourg, le 5 avril 1566, où les nobles signataires apparaissent habillés en loques, « pauvres jusqu’à la besace », et qui se termine aux cris de « vivent les Gueux ». Henri de Bréderode sera surnommé « le Grand gueux » !
 

L’hôtel sera détruit dès 1568 sur ordre du duc d’Albe. Il faut attendre 1884 pour que la plaque actuelle soit apposée (lien). On y retrouve symboles et devises propres aux Gueux. L’expression « plutôt turc que papiste » rappelle que gueux et Turcs avaient alors un ennemi commun, le roi d’Espagne. Le croissant est à associer à cette devise. La besace, l’écuelle et la poignée de mains sont les symboles les plus connus des Gueux. L’expression « Jusqu’à porter la besace » signifie que les insurgés sont prêts à rester fidèles à leurs idées jusqu’à tout perdre … ce qui finalement se réalisa ! Bon nombre des signataires furent soit exécutés, exilés ou dépossédés.

La guerre de Quatre-Vingts ans finit par éclater à l'été 1566 avec, à l’initiative de protestants insurgés, de violentes actions iconoclastes en Flandre et en Hollande. Tous les révoltés n'étaient pas protestants, cependant un très grand nombre d'églises furent dévastées lors de cette révolte également qualifiée de « crise iconoclaste », car les protestants révoltés s'en prenaient aux représentations, aux « images ». Le premier lieu de culte à être saccagé fut le couvent de Saint-Laurent à Steenvoorde dans le Westhoek. Puis la révolte se répandit, telle une traînée de poudre, à travers l'ensemble des Pays-Bas du Sud, puis à Anvers. Une partie des iconoclastes fut totalement décimée en 1566 après avoir été poursuivie dans les marais entre Seclin, Houplin et Gondecourt par les habitants de ces villages alors menés par Guislain de Haynin, seigneur du Breucq à Seclin.


Suivant les conseils des gouverneurs de provinces appartenant à la noblesse, comme le comte d'Egmont en Flandre, la gouvernante tente une politique de clémence que désapprouve le roi. Coincée entre l'intransigeance de son frère et la sympathie grandissante de l'opinion populaire et d'une partie de la noblesse pour les calvinistes, Marguerite finit par demander son congé. Le protestantisme est alors violemment réprimé, le culte catholique étant seul autorisé par le nouveau gouverneur, Ferdinand Alvare de Tolède duc d'Albe. La répression frappe également les comtes d'Egmont et de Hornes décapités sur la Grand-Place de Bruxelles le 5 juin 1568. Ils étaient tous deux catholiques.


Cette guerre des Gueux a commencé sous le commandement du prince Guillaume d'Orange, catholique bien que sensible aux revendications protestantes sous l'influence de son conseiller et ami, le calviniste Marnix de Sainte-Aldegonde né à Bruxelles d'une famille d'origine savoyarde. Guillaume d'Orange, lui, est un noble d'origine allemande ; son titre se réfère à la principauté d'Orange qui était souveraine et presque entièrement enclavée dans le Comtat Venaissin (lequel avait été vendu aux papes d’Avignon) et ayant sa capitale dans la ville d'Orange, dans l'actuel département de Vaucluse, en France. D’origine allemande et membre de l'entourage de Charles Quint, Guillaume d'Orange est au début fidèle partisan des Habsbourg et fait partie de la cour de Bruxelles.

 Les hostilités s'ouvrent entre des troupes regroupant aussi bien des catholiques que des protestants. En 1576 les Espagnols perdent le contrôle des Pays-Bas. En 1577 Guillaume d’Orange fait son entrée à Bruxelles à l’invitation de l’assemblée des États généraux et est proclamé ruwaert du Brabant c’est-à-dire protecteur. Par l’Union de Bruxelles, les Pays-Bas décident de se diriger eux–mêmes. En 1579 les églises sont visitées par les iconoclastes. Marguerite de Parme sera de retour à Bruxelles en 1579 pour reprendre sa charge de gouvernante, mais l'hostilité qu'elle continue à manifester à la politique de violence de Philippe II entraîne sa révocation définitive le 13 décembre 1581. Après son départ, le culte catholique est aboli et la cité gouvernée par les protestants jusqu’en 1585. Mais ce fanatisme religieux fini par séparer les catholiques et les protestants ; après les émeutes iconoclastes d'Armentières, les catholiques se séparent des nobles protestants. Finalement la république calviniste capitulera devant Farnèse le 10 mars 1585. Le général au service du roi d’Espagne fera toutefois preuve de clémence : les protestants peuvent quitter la ville ; les seules victimes seront les défunts calvinistes déterrés des cimetières …

Il reste que la guérilla se développera, plus au nord, en une guerre de libération qui aboutira à l'indépendance des Provinces-Unies, les actuels Pays-Bas, sous la houlette de Guillaume d’Orange ; indépendance reconnue par le traité de Westphalie en 1648.
Il faut attendre 1781 avec l’édit de Tolérance de l’empereur Joseph pour que, en Belgique, les protestants obtiennent la liberté de conscience et le droit à un culte privé.

La photo (Jean-Claude Barbier, juillet 2013) est la square du Petit Sablon où s’élève le mémorial aux comtes d'Egmont et de Hornes. Ce mémorial est entouré de statues chacune dans une niche individuelle, représentant des personnalités catholiques et protestantes de l’époque qui ont fait partie des Gueux, puis, sur le pourtour et sur des piliers, évoquant le peuple, la représentation des divers métiers de l’époque.


Ont été consultés : Wikipedia (lien), Encyclopaedia Universalis (lien) et l'article "Bruxelles la protestante" dans Itinéraires protestants (lien).

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Published by Jean-Claude Barbier - dans iconographie
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