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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 10:56

"Le yézidisme, entre paganisme et monothéisme", par Jean-Claude Barbier, communication au groupe « Religions » du Réseau d’échanges réciproques de savoirs (RERS) de Gradignan Malartic (Gironde, France), le 27 octobre 2014. Ce dossier a été signalé dans les Actualités unitariennes du 28 octobre dans sa rubrique "Halte aux génocides" (lien).

Notre présentation des Yézidis s’appuie principalement sur l’article les concernant dans l’encyclopédie « on line » Wikipédia (lien), mais aussi sur d’autres lectures citées (voir notre paragraphe sur les sources en fin d'article), mais nous avons restructuré cette documentation en essayant de partir du plus ancien (une antique religion iranienne) et en écartant d’abord toute trace d’influence de l’islam (très présent à partir du XIIème siècle avec le Cheikh soufi Adi/Hadi) et en sachant que leurs Ecritures saintes sont somme toute récentes.

leur ancienneté

Le yézidisme (la religion des Yézidis ou Yazidis - Êzidîtî ou Êzidî en kurde -) est une religion antérieure au zoroastrime (lequel s’est diffusé à partir de la Perse) et qui était celle des Mèdes. Il est considéré comme une survivance du mithraïsme iranien authentique (un culte solaire). En 2014, les Yézidis font remonter leur calendrier religieux à 6 764 années, soit 990 années de plus que le calendrier juif, 4 750 années de plus que celui des chrétiens et 5 329 années de plus que celui des musulmans.

Entre le IXe et le VIIIe siècle av. J.-C., des tribus iraniennes, les Mèdes, s'installent sur les terres du Kurdistan actuel y amenant leur religion. Selon le kurdologue Serbi Rechid, le zoroastrisme s'est répandu ensuite en Médie à partir du VIe siècle av. J.-C., mais n'est pas devenu dominant. Jusqu'au Ve siècle après J.-C., la majorité des Kurdes habitant Zagros, Cizir, Botan et Kirkouk pratiquaient le yézidisme.

Religion devenue résiduelle, confinée dans les montagnes du nord de l’Irak, de caractère ethnique (on naît Yézidi et il ne peut pas y avoir de conversion), de culture kurde (coutumes et fêtes), parlant le kurmandji (un dialecte kurde ; le kurde étant lui-même une langue de la famille iranienne) et s’habillant en conséquence - si les jeunes portent des vêtements à l’occidentale, les anciens ont gardé leur habit traditionnel, large pantalon kurde, longue chemise au col échancré, tunique et ceinture ; ils sont coiffés d’un haut bonnet de feutre marron entouré d’un turban ; les femmes vont de blanc vêtues, coiffées de turbans ou de fichus.

Ils étaient à Ninive ! précisément à la « Citadelle de Ninive », ou plus simplement al-Kalʿa, "Citadelle" en référence aux ruines qui s'y trouvent. Son nom actuel, turc et signifiant peut-être « Petit mouton », est celui d'un village qui y est attesté au début du XIXe siècle, peuplé par des paysans yézidis. Ils sont massacrés en 1836 au cours d'un des accès de violence religieuse qui agite alors la Haute Mésopotamie et leur village est détruit.

 

yezidis_temple_de_Lalesh.jpgLe principal lieu de culte des Yézidis est le temple de Lalesh, qui se trouve dans le Kurdistan irakien au nord de Mossoul (quelques 55 km par vol d’oiseau et 59,3 km par la route). Les enfants y sont amenés entre 6 mois et un an, aspergés d’eau de la source dite "blanche", sur le front, par un Cheikh ou un Pir (les Yézidis parlent alors de "baptême", mais sans qu'il y ait référence explicite à Jean-Baptiste ou à Jésus, lien).

un système de castes


Les Yézidis ont un système de castes dont les principales sont les Pirs (pir est un mot kurde qui veut dire « vieillard » ou « aîné »), les Cheikhs et les Murides. Le Mir, chef temporel et religieux, reconnu par les Yézidis comme étant leur représentant officiel, est choisi au sein d’une lignée dynastique (de la caste des Pirs ?). Mais le système a été revu et en quelque sorte cléricalisé par le Cheikh Adi * qui a fondé la caste des Cheikhs (cheikh est un mot arabe qui signifie « dirigeant », « aîné d'une tribu », ou alors « homme saint ») et l’a placée au dessus des autres sur le plan religieux ! Plus prestigieux que le Mir, il y a en conséquence le Baba Cheikh, véritable « pape » yézidi, et qui est leur chef spirituel. Les Faqirs, les Qewels et les Kocheks (qui sont des serviteurs religieux) servent le Baba Cheikh. Celui-ci est présent lors des rencontres religieuses importantes et lors des cérémonies, particulièrement celles qui se font à Lalesh. Une fois par an, il visite tous les villages pour donner ses bénédictions et célébrer des cérémonies religieuses. Pendant ces visites il résout également les éventuels conflits parmi les villageois. Les Pirs et les Cheikhs assistent aux mariages, aux circoncisions, aux obsèques, et jouent le rôle de conseillers familiaux. Il y a aujourd'hui 40 clans familiaux de la caste des Pirs, alors qu'avant le XIIe siècle il y en avait 90. La caste des Murides constitue la majorité des Yézidis. Cette caste n’a pas de fonction religieuse, cependant les Murides peuvent porter un titre de noblesse (Ara, Beg ou alors Makhul). Il existe aujourd'hui 99 grandes familles au sein de cette caste.
La tradition religieuse interdit aux Yézidis le mariage avec les personnes pratiquant une autre religion et entre les membres des différentes castes.  Il s'ensuit que c'est à la fois un peuple et une religion, comme pour les Juifs (d'où l'utilisation de la majuscule à Yézidis).
* le cheikh syrien Adi (Hadi en kurde) vécut très vieux entre les années 1070 et 1160. Cultivé, en relations avec l'élite intellectuelle de Bagdad – ville où il passa de longues années avant de s'installer dans le sud-est du Kurdistan – Adi jouit d'une vaste renommée comme ascète, mystique et thaumaturge. Les Yézidis s’y refèrent et son tombeau à Lalesh est pour eux un lieu de pélerinage.

une religion où la Nature est très présente

De nombreuses similitudes existent entre le yézidisme et le zoroastrisme . Mais, contrairement aux indications de nombreuses études publiées, le yézidisme n'est pas dérivé du zoroastrisme. Ces deux religions ont en effet des racines communes. Le yézidisme est une survivance de l'ancienne religion médique, religion dans laquelle Dieu (Xwede) était tout-puissant et avait un serviteur, Mithra, qui est, entre autres, une divinité solaire. Aujourd'hui on retrouve la même interdépendance entre Xwede et l'archange Taous, lui aussi une figure solaire. Le zoroastrisme, quant à lui, est une réforme du mithraïsme / mazdéisme (autre appellation de cette ancienne religion médo-iranienne).
On peut observer un important nombre de rites que les Yézidis et le zoroastriens ont en commun. Les Yézidis prient 5 fois par jour, comme les zoroastriens (et comme le feront ultérieurement les musulmans). On remarque également que la prière du matin (pendant laquelle ils se tournent en direction du soleil levant) ressemble à la prière zoroastrienne. Comme les zoroastriens, les Yézidis sont organisés en castes et ont des tabous liés aux 4 éléments que sont la terre, le feu, l'air et l'eau. Chaque automne, pour que l’année soit verte, pluvieuse et fructueuse, ils sacrifient un taureau - typique du culte de Mithra jadis pratiqué par les mazdéens. Les Yézidis et les zoroastriens partagent le même jour férié : le mercredi.
Les animaux sont représentés dans les vieilles religions iraniennes. Certains animaux, qui sont peints sur les icônes mithriaques, sont aussi représentés sur le temple de Lalesh avec les mêmes interprétations ; par exemple pour Mithra et le serpent (lequel symbolisait le cosmos dans le mithraïsme) - les Yézidis respectent particulièrement le serpent noir qui pour eux est un symbole de la sagesse (il est représenté à l'entrée du temple Lalesh).

D’une façon générale, les Yézidis aiment la nature, honorent les arbres et les rivières.

autres croyances et pratiques religieuses supposées anciennes

 

Leur religion leur prohibe certains mets, comme la laitue et les choux-fleurs, et leur déconseille de porter du bleu.  Les morts sont enterrés à proximité de leur village, dans des tombes coniques, immédiatement après leur décès. « Quelques lois étranges, signalées en certains endroits, ne doivent pas être considérées comme générales, mais expressions des traditions locales : interdiction de couper les arbres, de se vêtir de bleu, de manger des laitues et des choux-fleurs (!), d'élever des chiens, animaux impurs, que parfois ils prennent pourtant en affection. Je n'ai jamais rien lu ou entendu qui vise à justifier ces lois. » dans « Les Yézidis, adorateurs du diable », 2001, article de Jean-Paul Roux, directeur de recherche honoraire au CNRS, ancien professeur titulaire de la section d'art islamique à l'École du Louvre, publié dans « Clio » en 2014 ( lien).
La circoncision est répandue, mais elle n’est pas exigée (car sans doute empruntée à l'islam).

est-ce un monothéisme ?


Il y a bien un Dieu créateur du monde : Xwede. Mais avant de créer le monde, Dieu a créé les sept anges, les a chargé de s’occuper de ce monde et a désigné Malek Taous, lequel est symbolisé par un paon faisant la roue, comme leur chef. Il ne s’agit donc pas d’un dieu providentiel à qui on peut s’adresser dans nos malheurs et pour nos demandes. Manifestement la figure dominante, utile, est celle de Malek Taous. A noter qu’il n’y a pas dualisme car ce dernier est une créature de Dieu et va dans le même sens que lui ! C’est un archange, nullement déchu (comme le Satan/Lucifer des traditions chrétiennes que les musulmans reprirent à leur compte) et digne d’adoration (la figure théologique du Christ Roi, gérant la Création de Dieu, préexistant même à cette Création, reprend d’ailleurs ce même positionnement).
Le débat sur le nom de yézidi oscille entre les deux entités. Pour les uns, le nom de yazidi provient du proto-iranien yazatah qui signifie « ange » ou « l’être suprême » ; le mot yazatah donna le moyen-persan yazad et yazd, au pluriel yazdan qui aboutit en persan moderne à izad et en kurde à yezid et yezdan. Mais le nom yezidi peut tout aussi bien provenir de Xwede Ez da (Men da), signifiant « j'ai été créé par Dieu » en kurde moderne. Les lettres YZD en écriture cunéiforme, trouvées sur une tablette mésopotamienne, confirment l’existence ancienne de leur croyance.

 

un culte solaire


Malek Taous, l'archange symbolisé par le paon, signifie littéralement "ange solaire" (tav signifie soleil  en kurde et malek signifie ange dans les langues sémitiques). En ce sens on peut faire un parallèle avec l’ancienne divinité solaire iranienne Mithra/Shamash, qui lui-même n'était pas le Dieu suprême. Dans l'Iran ancien le nom métaphorique du soleil était Tavous-é Falak , ce qui veut dire le « paon céleste ». Dans la Grèce antique, le paon était le symbole du soleil. Dans la mythologie hindoue les plumes du paon étaient considérées comme une représentation du ciel et des étoiles.
Lorsque les Yezidis prient en direction du soleil, ils l'appellent « Shams », qui est un autre visage de l'Archange Taous. Shams est l'ange transporteur de lumière. On peut voir ici un rapprochement avec l'ange de lumière Lucifer. C'est à travers Shams que les Yezidis entrent en contact avec Dieu. Lors des prières, ils se tournent ainsi vers la « Lumière Divine ». Ils vénèrent également le feu car celui-ci est l'incarnation du soleil sur Terre. D'ailleurs, dans les maisons, un feu doit toujours être allumé. On observe exactement le même phénomène chez les zoroastriens.
Il s’agit donc bien d’un culte solaire (dans le yézidisme, le soleil est considéré comme une source de bonté, de lumière, de chaleur, et donc de vie), bien qu’aujourd’hui on puisse arguer (avec un accent panenthéiste) que – comme c’est Dieu qui a créé le soleil – c’est devant Lui, à travers Sa Création, que les fidèles se prosternent ! Non sans raison (mais avec l'intolérance du mépris en plus !) les musulmans les traitent d’adorateurs du soleil ...

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Published by Jean-Claude Barbier - dans réhabilitation du paganisme
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Imane 28/07/2015 22:30

L'article est intéressant mai islamophobe sur les bords.
Calmez vous un peu, vous serez gentils.

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