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2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 08:25

d'après Aloïs Pichler Geschichte des orientalischen Kirche 17°s, & Cyril Lucaris. p. 17 (1860)

 

mehmed_II_entree_dans_constantinople.jpgDès que Mohammed II fut entré dans la ville, il demanda en colère pourquoi le patriarche n'était pas venu se présenter à lui. Sur la réponse qu'il avait quitté son siège depuis quelque temps, le sultan ordonna que, selon la règle de l'Eglise, un autre fût élu ; ce qui fut fait, le 4ème jour après la prise de la ville, et Georges Gennadi élevé à l'unanimité au siège patriarcal. Mohammed lui tendit le sceptre avec ces mots : La sainte Trinité (!), qui m'a dévolu l'Empire, te consacre pour le patriarcat de la Nouvelle Rome. Ce Gennadi appartenait à l'Union dont Marc-Eugène venait de devenir le grand ennemi. Ce second Hannibal jura à son ami mourant, d'un joyeux serment, qu'il haïrait fidèlement la vraie Rome jusqu'à la fin de sa vie. (A. Pichler est universitaire bavarois catholique). Illustration : entrée de Memed II dans Constantinople, peinture de Fausto Zonaro (1854 - 1929).

 

Septem-Castrensis (anonyme pour le dominicain Ricoldi) - Contra sectam mahumeticam non indignus scitu libellus (1509). Ce livre est cité longuement et à plusieurs reprises dans Hottinger, Historia Orientalis (Zurich, 1660), qui fit autorité pendant plus d'un siècle. Il est intéressant de voir où s'arrête une importante citation de Hottinger, et de la compléter. Septem-Castrensis, alias Sieben-bürger, autrement dit : de Transylvanie. p. 38-9 ; Hottinger p. 304-5.
 ...Qui ne serait ému de prime abord, s'il est honnête et dirai-je même savant, s'il voit une telle modération morale chez les fidèles [musulmans] ? Car ils ont en horreur toute frivolité dans leurs actions, leurs gestes, leurs vêtements et leur tenue. Ils les détestent comme le feu et la peste. Quand ils voient les chrétiens habillés et harnachés en toutes choses, ils se moquent de leur frivolité, et les traitent de chèvres et de singes.

Car ils se comportent de façon très modeste, qu'on peut dire même religieuse, tant les hommes que les femmes, humbles et grands, gens de cour et paysans, avec une simplicité telle qu'on ne pourrait leur reprocher ou même remarquer aucune indécence ou démesure. Et que dirai-je alors des personnalités que l'on considère comme religieuses ? Ils affichent une telle simplicité exemplaire qu'on pourrait les croire appartenir à un Ordre régulier.

Non seulement les simples citoyens, mais aussi les grands personnages évitent de faire du bruit et du trouble ; leurs chevaux sont castrés. Dans une armée de cent mille hommes, on n'entendrait pas un cheval provoquer un désordre. Pas de fantaisie dans la monture et le harnais. Rien que de la modération. On n'entre pas en armes dans le camp. Les armes restent au dépôt. On ne discute pas sur les chameaux et les mulets, on ne fait ni sauts ni fantasias à cheval, comme les chrétiens en ont coutume.

Les nobles et les dignitaires se comportent en toutes choses comme les gens ordinaires, en sorte qu'on ne peut les distinguer. J'ai vu leur roi se rendant à la mosquée loin de son palais avec deux jeunes gens, et de même  pour aller au bain. Et à son retour de la Mosquée à son palais, personne n'a osé l'accompagner. Sur la place publique il n'était permis à personne de l'approcher, ni de crier "vive le roi", ni rien de semblable... Je l'ai vu prier à la mosquée, pas sur une chaire, ni sur un trône, mais par terre ; assis comme tout le monde sur un tapis, sans aucun ornement autour de lui. Absolument rien ne le distingue dans ses vêtements ni sa monture. Je l'ai vu aux obsèques de sa mère ; je n'aurais pu le reconnaître si on ne me l'eût montré.

Il est strictement interdit à quiconque de l'accompagner, ou de l'accoster en chemin sans sa permission spéciale. Je passe sur bien des choses que j'ai entendue sur lui, combien il est affable dans les rapports, bienveillant et mesuré dans ses jugements, généreux en aumônes, aimable en toutes circonstances.
 

 

(7-Cast. p. 38)- Ainsi des frères de Péra dirent qu'il était entré dans leur église,s'était assis dans le chœur pour voir les cérémonies et la forme de l'office, et qu'à sa demande ils célébrèrent la messe. Dans l'élévation, ils montrèrent une hostie non consacrée, voulant satisfaire sa curiosité, mais non cependant jeter les perles aux pourceaux. Ainsi, en conversant avec eux sur les lois et les rites chrétiens, entendant qu'il y avait des évêques à la tête des églises, il voulut que pour la consolation des chrétiens ils fissent venir un évêque, auquel il promettait tout ce qui était dû à son rang, y joignant une aide et une faveur sans faille. Qui pourrait, sachant ses victoires, les guerres, toute la gloire de ses immenses armées, soupçonner une ingénuité, ou ne pas admirer ses paroles ?

Commentaire : On pourrait penser, à lire ces lignes dans Hottinger, qu'elles auraient été écrites en Transylvanie pour complaire au prince. Hottinger est un Zurichois, ancien professeur d'Heidelberg dont le catéchisme arianisant était refusé par l'orthodoxie. Le passage omis ne permet pas cette interprétation, avec l'explication de la fausse messe, "pour ne pas jeter les perles aux pourceaux", que le prince aurait pris pour une insulte. Nous trouvons là un indice fort d'authenticité pour le portrait, qui correspond tout à fait au comportement du sultan vis-à-vis du patriarche quatre jours après la prise de Constantinople. Le récit de Ricoldi, publié en 1509, donc bien avant la Réforme, date les faits rapportés de 1458, donc peu après la conquête. On peut ici mesurer, avec la réputation des Turcs en Occident, terrifiante, et celle bien différente - sans doute plus proche de la vérité - qu'ils eurent en Transylvanie, à quel point l'importance des médias n'est pas nouvelle.

Traduction et commentaire par Maurice Causse

 

Ajout de l'auteur du 3 août 2014 -
L'édition du texte latin est de 1508 (et non 1509). Il y en a d'autres de 1511, etc. Mais toutes de Lefèvre d'Etaples, chez Henri Estienne, autrement dit le cercle de Marguerite de Navarre.

Le Cheikh Abdou, grand réformiste musulman autour de 1900, estimait que certaines formes du protestantisme étaient très proches en esprit de l'islam, mis à part le rôle du prophète Mohammed. Ce qui est vrai. Mais il attribuait cette proximité à une influence de l'islam sur les origines de la Réforme. Des citations telles que celle-ci peuvent donner corps à un tel sentiment. Mais il faudrait savoir le turc pour en dire davantage...

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