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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 10:07

suite et fin de la page précédente

 

Peut-on aller plus loin ? Faire plus et mieux ? Oui en nous interrogeant mutuellement !


La tradition unitarienne prône l’ouverture aux autres sagesses, spiritualités, fois religieuses, philosophies au niveau de nos activités (forums, articles, culte avec pratique de l’interfaith, etc.), mais elle doit le faire en préservant sa cohérence. Or, chacun des nouveaux courants qui se sont agrégés au christianisme unitarien d’origine (d’abord agnostiques et athées sur la base des vertus prônées par les évangiles ; puis d’autres croyants ou adeptes de mouvements spirituels ou philosophiques) l’ont fait sans trop se soucier d’une compatibilité par rapport aux racines de l’unitarisme. Dès lors, on se retrouve face à des écarts qui parfois sont trop grands pour être compris de l’extérieur ... et même de l’intérieur !

 

Il y a bien entendu cohabitation pacifique par tolérance les uns envers les autres, mais les échanges entre les diverses sensibilités restent somme toute relativement faibles. Soyons francs, cette cohabitation n’est-elle pas faite trop souvent de non dits, de profils bas, de spiritualité vague, de non-intérêt pour ce que font les autres, d’un semblant de consensus ?


J’avance ici quelques propositions qui pourraient peut-être aider à améliorer l’intercompréhension entre nos divers courants. Il s’agit ici de nos activités qui sont ouvertes à tous, sinon, notre Manifeste d’Avignon, signé en août 2007 par les associations chrétiennes unitariennes d’Europe et d’Afrique noire, recommande que chaque association conserve et préserve son identité (pour les chrétiens unitariens c’est la croyance en Dieu et l’adhésion à la personne et à l’enseignement de Jésus) (lien).

 
a) notre référence au christianisme est précisément celle de l’unitarisme chrétien et non celle du christianisme en général ou de tel ou tel autre courant chrétien :


Non ! notre iconographie ne comporte pas la croix. Non ! saint Patrick n’est pas un modèle pour les unitariens, même si nous aimons les Irlandais (lien). Non ! la fête à célébrer dans le calendrier chrétien n’est pas la Sainte-Trinité. Une bonne connaissance de notre histoire, et donc du christianisme unitarien, est une nécessité pour éviter de tels contresens affligeants.
 

 

Rappelons aussi que l’unitarisme a rompu avec l’arianisme (controverse en Grande-Bretagne au XVIIIème siècle) et avec le fondamentalisme biblique (grâce à l’Ecole allemande protestante d’exégèse des années 1930 et à l’introduction de leur méthodologie biblique aux Etats-Unis par Théodore Parker,  lien). Les unitariens font partie des chrétiens libéraux ; à ne pas confondre donc avec les témoins de Jéhovah – qu’on peut considérer aujourd’hui comme ariens – ou encore avec les autres mouvements anti-trinitaires biblicistes qui se développent à partir de la fin du XIXème siècle.


b) L’ouverture aux autres ne doit pas être une régression, mais un progrès :


On ne peut pas passer d’une tradition monothéiste radicale à un retour au polythéisme (néo-paganisme, hindoui sme, vodoun, etc.), même si les fêtes polythéistes sont fort sympathiques et nous enchantent. La prise de conscience d’une interrelation et d’une interdépendance entre tous les êtres vivants et toutes les composantes de la Nature n’a rien à voir avec un monde enchanteur peuplé d’entités surnaturelles imaginées. Lors de nos cultes, la louange est adressée à Dieu seul et à un Dieu unique et universel.


Par contre, la problématique monothéiste n’est plus celle d’un Dieu providentiel agissant au coup par coup selon les demandes de ses fidèles, mais désormais celle d’un Dieu créateur se trouvant aujourd’hui liée à notre interrogation sur les origines de l’univers et de la Vie. Elle est aussi celle du panthéisme, où Dieu – ou l’énergie divine – circulerait au sein d’une œuvre en continuel complexification et bourgeonnement.


adam_et_eve_entre_bible_et_kamasutra.jpgDe même, on ne peut pas passer d’une tradition monogame, fondatrice de la famille avec promotion de la  femme, à un encouragement à la polygamie ou à la liberté sexuelle généralisée (voir le mouvement Polyamourous aux Etats-Unis qui se rattache à l'unitarisme-universalisme on ne sait par quel laxisme) ; certes les gens sont bien entendu parfaitement libres de vivre ainsi, mais la promotion de ces modes de vie peut se faire dans d’autres cadres que le nôtre.


En anecdote, je me souviens d’un groupe exhibitionniste d’unitariens-universalistes satanistes qui s’étaient réunis nus avec feuilles de vigne dans un café de New-York et avaient lancé un groupe Yahoo pour faire parler d’eux ! Yahoo n’avait sans doute pas apprécié la plaisanterie et avait supprimé le groupe ! En Europe, cela aurait fait un buzz retentissant ; aux Etats-Unis, aucune autorité unitarienne-universaliste n'a bronché.


c) L’ouverture aux autres doit être un élargissement, mais non l’introduction de contradictions fondamentales.


Autant le questionnement sur Dieu peut s’élargir au panthéisme, à l’agnoticisme, au non-théisme (a-theism dans le vocabulaire américain), à la mort du Dieu providentiel ou encore à l’opinion que Dieu ne peut-être qu’inconnu de nous, autant l’athéisme radical et militant (au sens européen du terme) qui rejette toute interrogation sur Dieu ou le mystère de la Vie heurte de plein fouet notre tradition historique. On ne voit pas comment intégrer le Manifeste humaniste de 1933 (affirmation péremptoire que Dieu n’existe pas, suppression de tout culte, etc.), rédigé par des humanistes unitariens et universalistes de l’époque, dans un ensemble où demeurent des croyants - manifeste ô combien légitime, mais pouvant se dire dans le cadre d’une autre tradition.


Au lieu de juxtaposer des positions antagonismes, il serait préférable d’encourager des échanges sur les progrès de l’astronomie dans la connaissance de l’univers, la réduction du clivage croyants – non croyants, les nouvelles théologies et les problématiques modernes de Dieu : Process, Dessein intelligent (lien), panenthéisme, athéisme spirituel, etc.


De même que le christianisme unitarien n’a eu de cesse d’interroger ses sources et de faire preuve d’esprit critique, nous attendons des autres traditions qui nous rejoignent qu’elles le fassent aussi par rapport à leurs propres sources. Nous devons maintenir cet esprit critique envers toutes les autres religions et, concrètement, nous ne pouvons être en relation qu’avec leurs composantes libérales.


En conclusion


Nous soulignons l’importance d’une fidélité et d’une continuité que le Manifeste d’Avignon a rappelé opportunément en août 2007. Ceci doit nous rendre vigilants vis-à-vis de toute forme d’entrisme. Non ! l’unitarisme contemporain n’est pas une auberge espagnole (expression français signifiant que chacun y apporte son repas sans mise en commun !). Non ! ce n’est pas une nébuleuse New Age. D’une façon concrète, nous avons à gérer notre ouverture aux autres, à éviter les entrismes qui seraient manifestement en contradiction avec notre tradition, à enseigner celle-ci comme un patrimoine commun, à encourager des échanges transversaux, à nous enrichir mutuellement, à avoir le soucis d’une cohérence de notre mouvance afin que sa perception de l’extérieur en soit facilitée et qu’on ne nous fasse pas de faux procès.


L’expérience française où le christianisme unitarien a su gérer son ouverture et adopter de nombreux apports de l’unitarisme-universalisme prouve que cette intercompréhension est possible au-delà d’une seule juxtaposition. En Italie aussi, on retrouve une bonne osmose entre chrétiens unitariens et unitariens-universalistes au sein d’une Communion unitarienne avec participation commune à des rencontres et à des cultes. Dans les deux cas, ces échanges vont de pair avec le respect des identités des uns et des autres et non leur amalgame ou fusion.

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Published by Jean-Claude Barbier - dans le forum des unitariens francophones
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