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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 09:26

UNE SEMAINE A TUTOYER ALGER,

texte reçu le 27 septembre 2013 par la Correspondance unitarienne. Par mesure de discrétion, les prénoms des partenaires algériens de ce voyage ont été réduits à leur première lettre, sauf célébrités . En 2012, dans le cadre de la Fédération des réseaux du parvis, Michel Roussel (lien), avait organisé un voyage de groupe à l'occasion du 50ème anniversaire de l'Indépendance de l'Algérie - le 5 juillet 1962 (lien). Cette fois-ci, il s'agissait d'une rencontre entre les deux groupes français et algérien d'Abu Nuwâs/Nawas (lien).
michel_roussel_portrait.JPGPar où commencer pour vous raconter notre séjour à Alger. Evidemment comme toujours, par l’accueil et la chaleur des Algériens que vous avez pu apprécier l’an dernier. Dès l’aéroport, nous avons été réceptionnés par H. (vous vous souvenez certainement qu’il  habite Djelfa à 200 kilomètres de la capitale). Il avait réquisitionné M. pour nous convoyer les premiers jours et nous inviter (bien entendu comme d’hab. dans ces pays, impossibilité absolue de sortir notre porte-monnaie). Tout de suite, c’est devenu un ami chaleureux et indispensable, même si je connais assez bien cette ville fascinante à tous points de vue. Dans nos pérégrinations, Algérois et Algéroises  nous devançaient  souvent pour nous indiquer le chemin, au point qu’on faisait semblant de chercher, pour avoir le plaisir de faire connaissance.
Ensuite, le Centre d’études diocésain (les Algériens disent simplement le diocèse) où nous étions hébergés plus que chaleureusement – Merci au Père Guillaume et au Père Jean-Marie notamment - Laurent et moi. Serge, Gilles et Régine Thiriez logeaient à la maison diocésaine avec Christiane que vous ne connaissez pas. M. et  R., hors voyage étaient aussi à Alger à l’hôtel Samir.
C’est un haut lieu de réflexion où se retrouvent  quelques  jeunes étudiants  venus d’un peu partout (pendant notre séjour  des Anglais, des Allemands, une Française  vivant aux Etats-Unis, des Français et même une jeune algérienne participant au tournage d’un film. Tous travaillaient sur des domaines très pointus concernant l’Algérie (ex les bidonvilles en Algérie  ou l’influence des événements internationaux en Algérie entre 1880 et 1914).  Il est vrai que sa bibliothèque comprend 40 000 volumes. D’un âge plus avancé des laïques, des religieu(ses) étudiant l’arabe (2 cours dialectal et moderne).
Nous avons mangé à la table de l’ancien archevêque d’Alger, le père Henri (Tessier). Laurent a même eu le privilège de faire la vaisselle avec lui.
Quant à nos amis à la maison diocésaine, ils mangeaient à la table de l’actuel archevêque d’Alger, Mgr Bader, mais avec lui  aussi tutoiement et marques d’empathie  étaient de rigueur. Autre lieu, autre Eglise, plus proche des origines où on ne faisait pas alors bombance dans des palais épiscopaux.
Nous avons aussi déjeuné avec Nacera, une archéologue algérienne que j’ai reconnue, elle avait participé au colloque Saint-Augustin à Paris en 2003, ainsi qu’avec Barkahoum, la fondatrice du musée « Etienne Dinet » que nous avons visité l’an dernier et qui est la sœur d’une collègue professeur d’un lycée que j’ai dirigé et enfin une architecte algérienne urbaniste qui venait de remettre un rapport pour un projet de rénovation du patrimoine colonial dans le quartier de la place Abdelkader. Des rencontres inattendues et plus qu’intéressantes.

LES AUTRES RENCONTRES

Je suis d’abord allé, grâce à M., à la maison que j’avais habitée à Alger durant 2 ans en 1970/72.
Pimpante, elle était fraichement ravalée. Moment d’émotion ensuite à EL Biar où la belle église néo-mauresque que je fréquentais chaque dimanche (avant d’aller chercher des pâtisseries dans une boutique qui existe toujours) a été transformée en Centre Culturel. Le Front islamique du salut (FIS) qui l’a occupée pendant plusieurs années n’a touché à rien, pas même aux vitraux religieux sur la vie des saints. Le directeur du centre nous a chaleureusement reçus et m’a offert (ainsi qu’à Serge qui a habité le quartier avant 62) un superbe livre sur « El Biar, l’ensorceleuse d’Alger » avec de belles planches anciennes.
Le vendredi, nous avons rencontré D. (il arrivait de la grande prière du vendredi), N. et O. Ils m’ont chargé de vous transmettre leur plus cordial souvenir. Nous avons parlé du voyage 2014. A. lui avait envoyé mon projet qu’il a trouvé intéressant et bien équilibré.
Nous sommes aussi allés chez Naïma, une éditrice qui nous a fait visiter sa maison d’édition et a offert un livre à chacun.
Le vendredi matin, nous avons assisté à une célébration à la grandiose cathédrale moderne du Sacré-Cœur : 5 célébrants et 6 fidèles (les difficultés de stationnement font que ce sont les chapelles de la périphérie qui sont fréquentées, au même moment il y avait plus de 100 personnes à la messe de la maison diocésaine)  dont un Algérien en attente de baptême, une étudiante du Zimbabwe, une sœur.
Cette belle cathédrale a été inaugurée en 1966. Il avait bien fallu abandonner en 62, la cathédrale Saint-Philippe, en réalité mosquée Ketchaoua que les autorités coloniales s’étaient appropriées sans vergogne dès les débuts de l’invasion, mais en plus avaient considérablement détériorée.  Ceci dit, compte tenu des destructions opérées alors (sur plus de 100 mosquées, 12 sont restées debout), c’est peut-être ce qui l’a sauvée.
La nouvelle est impressionnante (35 mètres), symbolisant une tente, sur l’axe de l’ex rue Michelet (Didouche Mourad aujourd’hui), les champs Elysées d’Alger (qui comprennent aussi  dans le prolongement l’ex rue d’Isly, aujourd’hui Ben Mhidi), mais le parvis n’a jamais été réalisé. A la place une station d’essence. Les responsables catholiques ont pensé qu’ainsi les autorités politiques ne prendraient pas ombrage d’une telle cathédrale dans cette avenue prestigieuse.
L’intérieur est saisissant, avec une immense coupole et des vitraux circulaires de toute beauté. On y voit un coffre donné par les moines de Tibhirine 11 jours avant leur enlèvement et un lutrin offert par Napoléon III (même cadeau qu’à l’église de Saint-Servan à Saint-Malo).
Le samedi matin rencontre attendue et déjeuner avec nos ami(e)s du Groupe Abu Nawas d’Alger, qui étaient 4 garçons et 3 filles. Moments d’amitié fraternelle et de grand bonheur pour nous. On ne peut qu’admirer leur courage, non seulement ils sont sans doute étroitement surveillés, mais en plus on tremble de penser qu’ils pourraient un jour servir à donner des gages aux islamistes, certes pour l’instant peu nombreux en Algérie et tapis dans l’ombre, mais on ne sait pas ce que réserve l’avenir.
L’après-midi, nous avons participé à une grande cérémonie à Notre Dame d’Afrique, lalla Meriem (mademoiselle Marie) ou Madame l’Afrique pour les musulmans, pour assister aux vœux de Ricardo un jésuite mexicain. Moments forts avec une célébration en arabe, français et espagnol. Une partie du clergé algérien était présente et une importante participation des musulmans et musulmanes qui, à la demande de Ricardo, ont ponctué la  cérémonie de you-you retentissants.
Nous avons été invités à un pot gargantuesque, grâce aux gâteaux confectionnés non seulement par les paroissiennes, mais aussi par les amies musulmanes.
A cette occasion, nous avons revu et trinqué avec le père Paul, évêque de Constantine qui nous avait consacré une soirée l’an dernier,  ainsi qu’avec un de nos amis musulman, membre du « Ribat as salam », le  lien de paix créé par le frère Christian, prieur de Tibhirine et qui se poursuit (c’est un peu l’équivalent de notre groupe islamo-chrétien).
Mon portable s’étant bloqué,  le rendez-vous avec Karim Amitti (présentateur de l’émission Culture-Club sur Canal Algérie) et avec un chef de division de la chaîne qui nous avait gentiment abordé alors que nous étions devant le siège de la télévision algérienne, n’a pu se faire.

LES GRANDES VISITES :

D’abord les magnifiques palais ottomans, restaurés avec soin les uns après les autres. En premier lieu le Bastion 23 dont je vous ai déjà entretenu.  Sauvé de la destruction radicale de la basse Casbah par les autorités coloniales, parce qu’occupé par l’armée. Squatté, il devait être démoli et a été sauvé à la dernière minute à la fin des années 90. C’est un ensemble qui donne une petite idée de ce qu’était cette basse Casbah et ses remparts, siège du commerce et de l’administration. Il comprend 3 palais avec des carreaux de mosaïques rares, de remarquables plafonds peints et 6 maisons de pêcheur. On déambule dans ces superbes pièces et patios, avec des échappées sur la mer.
Les 2 musées de la Casbah (art et traditions populaires et miniatures) outre l’intérêt de leurs collections sont aussi de beaux palais ottomans (plusieurs autres sont en restauration). Nous en avons profité pour retourner au mausolée et à la mosquée de Sidi Abderrahmane, le saint patron d’Alger où viennent se recueillir les Algérois (et surtout les Algéroises qui déposent des bougies dans une niche réservée, en faisant un vœu).
Le musée du Bardo (où Camille Saint-Saëns a donné des concerts) vient lui de rouvrir après une restauration particulièrement soignée, c’est un des plus grands palais et il domine la ville. Tout près le musée des Antiquités et des Arts islamiques, également palais ottoman avec jardin, contient des collections uniques avec de splendides mosaïques et le minbar (chaire à prêcher) de la Grande Mosquée almoravide de 1097.
A ce propos, grâce à M., nous avons pu la visiter complètement.  Elle date de cette époque, mais a été profondément remaniée, y compris par les autorités coloniales qui lui ont ajouté une galerie d’arcades prélevées sur une ancienne mosquée qu’on venait de détruire.
Revenons aux palais ottomans. Nous avons visité la villa Abdel-Tif, résidence d’été qui avant d’être une résidence d’artiste au début du 20ème avait été hôpital militaire lors de la conquête, également bien restaurée avec une vue imprenable de sa terrasse, sur l’étonnant jardin d’essai que nous avons revu avec plaisir. Il a été bien réaménagé (sur près de 10 ans), c’est surement un jardin exotique unique.  Le premier film sur Tarzan y a été tourné en 1932, tant la végétation est luxuriante. La mairie de Paris coopère à l’entretien. Seul le zoo à l’ancienne avec de beaux animaux encagés est incongru.
Le Musée de l’armée qui part de l’époque numide était fermé le dimanche. Nous nous sommes rabattus sur le musée des Moudjahiddin (martyrs) plus intéressant qu’on ne le dit. Il commence à l’époque d’Abdelkader et rythme la conquête pour arriver à la guerre de libération. Nous avons eu un guide remarquable et l’ensemble est moins manichéen qu’on pourrait le supposer. Au-dessus l’impressionnant monument des Martyrs qui surplombe la ville de ses 92 mètres depuis 1992 et permet une vue imprenable sur un des plus belles baies du monde (n’en déplaise à nos chers Malouins).
Le musée des beaux-arts réunit des tableaux de peintres connus, mais surtout une galerie consacrée au miniaturiste Mohamed Racim (assassiné dans les années 70) et quelques tableaux d’Etienne Dinet.
Je n’ai pas pu visiter le Musée d’art moderne qui n’ouvrait qu’à 11 h. Un bel exemple de l’architecture néo-mauresque du début du 20ème où j’allais acheter des babioles du temps des Galeries algériennes qui avaient succédé aux Galeries de France, avant sa transformation en musée, il y a quelques années. 
En revanche, nous sommes allés à la Grotte de Cervantès. Il y est resté plusieurs mois, attendant un hypothétique bateau, esclave il s’était évadé. En 5 ans, il se serait enfui 4 fois avant d’être enfin racheté, il est vrai que célèbre, on en demandait beaucoup d’argent.
Enfin, nous avons emprunté le métro spacieux et confortable, mais aussi la longue ligne du tram  ultramoderne de 5 voitures, jusqu’à Bordj el Kiffan (ex Fort de l’Eau) et même 2 des 4 téléphériques qu’Alger compte désormais.
Tout cela est bien descriptif, me direz-vous et ne traduit guère l’ambiance particulière et le souffle qui anime cette capitale  hors du commun, que nous n’avions fait qu’effleurer l’an dernier. Quand on aime une ville, on se devrait d’être plus lyrique, mais si vous trouvez cela un peu sec, alors prenez vite un billet d’avion pour Alger. Vous ne le regretterez certainement pas.

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